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Le « vote sanction », ou le jour où je me suis sentie Ghandi…

Je tourne ma tête vers ce que je suppose être l’objet de son mépris, et là, derrière la vitre du Starbucks rutilant aux notes agréablement jazzy, se tient une femme que j’imagine roumaine –mais après tout qu’en sais-je- assise par terre. Une fillette de 3 ou 4 ans l’accompagne. Comme tous les enfants de son âge, elle ne parvient pas à rester sans bouger. Alors, sa mère la rappelle à l’ordre énergiquement.

 

Starbucks, vendredi 27 septembre 14h,

 

Je croyais que le port d’armes était interdit au Starbucks depuis une dizaine de jours. Néanmoins elle parle si fort que je suis obligée de me boucher l’oreille droite pour tenter de finir de rédiger mon article sur (il n’y a pas de hasard) les voix stridentes des femmes politiques. Très vite, je remarque, mi intriguée, mi dégoûtée, qu’elle s’arrache les cheveux un à un toutes les minutes environ, et les jette à terre violemment, avec une régularité de geste métronomique. Et elle doit en être à son 30ème, puisqu’à côté de mes jolies chaussures beiges à cinq lanières -mes préférées- git déjà une petite touffe châtain, grrrrrr…  Elle ne laisse quasiment pas de silences, comme si elle sortait d’une longue frustration argumentaire, ou d’une séance de bondage, why not…  Elle est mince, la quarantaine trépassée, veste en tweed, et l’on pourrait croire, à la voir parler de trois quarts, qu’elle s’apprête à avaler la tête de son interlocutrice. Et surtout, elle a LA HAINE, LA VRAIE.

 

L’objet de son abjection : Hollande, les étrangers, et les casseurs de riches.

 

           « C’est pas pour dire que Sarkozy était mieux (C’est toujours très instructif  ces débuts de phrases), mais par exemple, lui, il a officialisé son union avec Carla Bruni. Et elle au moins, elle était toujours bien mise, coiffée, respectable quoi ! Mais alors vous avez vu Valérie Trierweiller ! Elle a les seins qui ballotent, et elle suinte tellement elle est grasse !

 

–       Et elle est toujours mariée à son ex en plus… (ce qui, après vérification s’avère amplement faux) Et après, ils critiquaient tous Carla à cause de tous ses ex amants…

 

Les deux femmes se vouvoient. Elles viennent en fait de sympathiser autour du thème En France, on n’aime pas les riches.

 

–       On nous culpabilise de gagner de l’argent ! Oui, je gagne assez bien ma vie parce que je m’en suis donné les moyens, pas comme eux là, enfin, tu vois de qui je veux parler… 

 

En prononçant ces mots, elle avance son menton vers sa gauche, qui se trouve être ma droite, ce qui, politiquement parlant, prend d’ailleurs tout son sens. Je tourne ma tête vers ce que je suppose être l’objet de son mépris, et là, derrière la vitre du Starbucks rutilant aux notes agréablement jazzy, se tient une femme que j’imagine roumaine –mais après tout qu’en sais-je- assise par terre. Une fillette de 3 ou 4 ans l’accompagne. Comme tous les enfants de son âge, elle ne parvient pas à rester sans bouger. Alors, sa mère la rappelle à l’ordre énergiquement.

 

–       Le problème en France, c’est qu’on paye pour tous ceux-là !!! Les aides sociales, les logements, la santé… Ils sont prioritaires sur tout !!! Après, les médecins, ils peuvent plus prendre de nouveaux patients tellement ils sont nombreux…

 

–       Ben oui, Hollande, il a visé l’électorat étranger, (puis se rendant compte de l’erreur sémantique), enfin, je veux dire tous ces gens qui sont français sans l’être. Alors moi c’est décidé, pour 2017, ça sera un Vote Sanction ! Oh hein, ça va, on peut plus se permettre d’être un pays d’accueil. Nous, on bosse, et on se fait écraser par les charges et les impôts alors qu’eux

 

Elle me regarde en disant ces mots, comme pour me prendre à témoin… Je sens qu’elle recherche un auditoire, dans ma direction… Puis poursuit élégamment :

 

–       MOI, JE TE LES METTRAIS TOUS DANS DES CHARTERS : roumains, polonais, arabes, musulmans quoi

 

A cet instant, j’ai envie de lui jeter de l’eau bénite en ordonnant fermement au malin: Véronique Genest, sors de ce corps trop frêle pour toi !!! Mais l’idée de ressembler à Christine Boutin au beau milieu de fans de Mylène Farmer m’en dissuade aussitôt.

 

De l’autre côté, la fillette colle ses petites mains toutes sales sur la vitre. Elle me regarde avec ses grands yeux noirs espiègles et profonds. A ce moment-là, c’est con à dire, mais mon cœur, il pourrait exploser. Je lui souris, puis je cache ma tête derrière le faux sac de café en toile de jute estampillé « Coffee beans ». Ensuite, je ressurgis pour la surprendre, et elle rit, moi aussi. Pendant 5 minutes, on se cache à tour de rôle. Mais ce qui trouble la perfection de cet instant, ce sont les phrases de ma voisine qui m’arrivent en vrac : Moi, les femmes voilées, j’en vois dans mon boulot, ben vous savez quoi, je ne les regarde même pas ! Moi, j’ai pas honte de le dire, même si économiquement elle tient soit disant pas la route, je voterai Marine en 2017. Parce que c’est logique : une fois que tu as viré tous ceux qui profitent des aides, la fiscalité, elle sera allégée !

 

En disant cela, elle se tourne vers moi, je sens dans ses yeux qu’elle cherche l’approbation d’une 3ème grue qu’elle croit être moi, vu que ma tenue vestimentaire, ma blancheur, et la présence de mon ordinateur sur la table doit indiquer que je fais partie de ces français respectables et bosseurs qui payent pour les autres.

Elle est sensible aux discours logiques, chiffrés : prendre –ou plutôt cesser de donner- aux uns, pour octroyer aux autres. Rayer de la carte absolument TOUS les immigrés et leurs rejetons, pour que les français pure souche retrouvent un pouvoir d’achat. Elle a beau tenir un discours haineux, elle m’inspire néanmoins de l’empathie. Peut-être est-ce la présence attendrissante de la fillette à ma gauche qui étouffe ma répartie cynique, et me fait voir les choses différemment. Peut-être est-ce parce que j’ai lu cette semaine que la chaîne Starbucks avait décidé de ne plus accepter les clients armés que je me désarme… Je me dis que sa déception, sa frustration et sa souffrance sont bien réelles, à l’instar de la plus grande majorité des français. Mais elle se trompe sur le diagnostic.

Peut-être est-ce la présence attendrissante de la fillette à ma gauche qui étouffe ma répartie cynique, et me fait voir les choses différemment. Peut-être est-ce parce que j’ai lu cette semaine que la chaîne Starbucks avait décidé de ne plus accepter les clients armés… Sa déception, sa frustration et sa colère sont bien réelles, à l’instar de la plus grande majorité des français. Mais elle se trompe sur le diagnostic.

Parce que les candidats politiques, pareils à des médecins charlatans, ont pour habitude de diagnostiquer les maladies qui les arrangent, pour mieux nous endormir à coup de Lexomils théoriques. Elle ignore que dans l’hexagone, 10% des richesses se trouvent entre les mains de 0,001% de la population, que l’arabe du coin n’est pour rien dans le fait que toutes les multinationales rachètent tout ce qui fleurit joliment en France, pour mieux délocaliser ou fermer au moindre coup de fatigue. Et ce n’est pas tout ce qu’elle ignore :

 

             –Ils ne respectent rien, c’est comme si moi j’allais au Maroc (ce qui est peu probable, pas besoin de toute façon, tu vas sur la Canebière, et tu y es… ), et que je portais une croix pour provoquer les gens là-bas. Non mais franchement ! Ils aiment provoquer c’est tout !

 

            – Non, mais faudrait revenir à une monarchie et pis ça s’rait réglé. Se hasarde son interlocutrice qui apparemment, n’est pas informée de l’existence du roi du Maroc. L’autre non plus vraisemblablement.

 

A ces mots, je sors mon trousseau de clés de voiture, celui où j’ai accroché le porte-clé rouge en forme de main de Fatma qu’une amie m’a ramené de son voyage en Algérie, et je le pose sur la table, en guise d’exutoire. Car en fait, je me retiens d’intervenir… Soudain, je décide de mettre de côté mon cassage de Duflot et Taubira pour écrire, à la place, absolument tout ce que j’entends là.

 

Au moment où la plus virulente des deux se lève pour partir, elle me regarde à nouveau, en disant à son interlocutrice, suffisamment fort pour que j’entende, comme pour se justifier :

 

–       C’est peut-être franc du collier ce que je dis là, mais en tout cas, c’est la vérité, et si jamais y’a une révolution, je serai la première à descendre dans la rue ! 

 

Et se tournant vers moi :

 

–     Au fait pardon, vous étiez en train de travailler… On a du vous déranger…

 

–       Au contraire, c’était très instructif. Moi aussi, Madame, si jamais une révolution éclatait, je serais une des premières à descendre, et je vous donnerais la main. (son visage s’illumine). Je vous donnerais la main, à vous, et à Abdelkrim pour qu’ensemble, nous réclamions une refonte totale de ce système politique qui divise pour mieux régner. Car pendant que nous cherchons avec avidité ce que les autres ont de plus que nous, nous oublions de voir les choses d’en-haut. Alors voyez, Madame, j’ai de la tristesse à entendre ce que vous dites, parce qu’au final, je parie fort que ce ne sont pas vos mots à vous, mais j’entends votre souffrance qui est bien réelle. Alors, je vous donnerais la main quand même, et si je vous voyais pleurer, je pense que je vous consolerais sincèrement (En fait c’est moi qui suis à deux doigts de craquer, alors je me tourne vers la vitre) : regardez Madame, vous aussi, naguère, avez eu un visage et une âme d’enfant. Réfléchissez-y…

 

–       Je ne suis pas un monstre vous savez. Je bosse dans le social. Je gagne ma vie, et j’ai des fins de mois difficiles. (ses traits changent sensiblement)

 

–       Mais je n’en doute pas. C’est pour cette raison que je me suis permise de vous dire cela. Ne vous faites pas avoir, la vie est bien trop courte… Bonne fin de journée… !

 

–       A vous aussi, merci. Elle recouvre visage humain et sort.

 

Comme dans un hasard parfait, la petite fille toute brune colle ses petites mains sur la vitre. Je fais semblant de les lui attraper, pour la voir sourire. Sa mère se tourne, et sans me regarder, par pudeur, l’oblige à se rassoir sur le trottoir.

 

A ce moment-là, je me suis souvenue d’une phrase de Nicolas Sarkozy (si si !) au cours de son dernier débat face à François Hollande. Il appelait tous les électeurs du FN à voter pour lui, tentative de séduction qu’il justifiait en ces mots :

 

« Parce que, voyez-vous, je ne me bouche pas le nez, moi, je m’adresse aussi à ces gens !!! »

 

Je n’étais pas sensible à ses idées politiques (lartdeleuphemisme.com), mais pourtant, j’étais d’accord avec cette idée. Parce qu’il me semble que mis à part quelques vieux tyrannosaures, les votants FN ne sont pas foncièrement racistes. Ils sont juste souffrants et influençables, parce que souffrants… Ils sont souvent assez peu cultivés et donc sensibles aux morceaux de bravoures qui sonnent juste, mathématiquement parlant, admiratifs devant l’intelligence cartésienne. La diabolisation du FN aura un jour raison des autres idéologies.

Je me prends à rêver qu’un jour, l’intelligence émotionnelle d’un leader nouveau doté d’une vraie aura vienne élever notre conscience citoyenne à un niveau supérieur. Que l’on descende tous malmener le pavé d’un pas décidé, pour réclamer des destitutions, des dissolutions, et des solutions.

 

Je pense que sans ce petit visage innocent derrière la vitre, je n’aurais jamais été capable de me retenir d’agresser verbalement la dame à la veste en Tweed, dont l’ADN git à mes pieds.

 

Je pense aussi que sans la dame à la veste en Tweed, et c’est bien malheureux, je n’aurais jamais osé dire au primeur du coin, un vieil homme maghrébin à qui j’ai acheté des fruits entreposés dans de beaux paniers d’osier, que son magasin était fort joli. Et pourtant, ce n’était pas la première fois que j’y entrais.

 

Ce jour-là, je me suis sentie une espèce de Ghandi.

 

Et à ceux qui penseraient que je ne suis qu’une petite conne de plus qui délivre des messages du genre « Le racisme, c’est pas bien », je répondrais que oui, sûrement… Mais pas que.

 

 

Puisque cela arrange les politiques que l’on s’entretue tous, je me pose donc cette simple question :

 

Pourquoi ne pas s’indigner… tous ?

 

Elle a beau tenir un discours haineux, elle m’inspire néanmoins de l’empathie. Peut-être est-ce la présence attendrissante de la fillette à ma gauche qui étouffe ma répartie cynique, et me fait voir les choses différemment. Peut-être est-ce parce que j’ai lu cette semaine que la chaîne Starbucks avait décidé de ne plus accepter les clients armés… Sa déception, sa frustration et sa colère sont bien réelles, à l’instar de la plus grande majorité des français. Mais elle se trompe sur le diagnostic.

 

Estelle Bee.

 

Quand CANDY CRUSH sauve ton couple

On précisera, pour ceux qui viendraient juste d’être libérés d’une prise d’otage de 3 ans dans la jungle guatémaltèque, que Candycrush n’est pas un simple jeu mais LE jeu auquel IL FAUT jouer si l’on se respecte en tant que détenteur de Smartphone ou espion Facebookien. (Mais si vous n’en êtes pas, ce qui suit pourra quand même vous intéresser, patience…) Le jeu consiste à faire exploser des lignes de bonbons de même couleur en les alignant ad libitum, ce qui n’est pas sans nous rappeler le bon vieux Tetris, plus freudien, qui impliquait que l’on fasse aussi exploser des lignes en comblant des trous avec des quadrilatères de différentes longueurs et largeurs.Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Je me souviens qu’à l’époque de mes parents, le danger pour le couple c’était la petite secrétaire tailleur moulant et lunettes à écailles (femme à lunettes… femme qui voit mal), celle qui se plaisait fort à ramasser minutieusement les dossiers que monsieur laissait choir, un peu trop souvent d’ailleurs, sans que le soupçon d’une quelconque maladie de Parkinson n’effleure l’esprit de ses collègues de bureau. Généralement, elle s’appelait Alice, Linda, Florence, Ingrid alors que votre  mère se prénommait Liliane, Simone, Odette ou Chantal, ce qui déjà, lui accordait un but d’avance -en pleine lucarne- en terme de sensualité sonore.

Le danger pour le couple c’était aussi la voisine d’en face, jeune maman célibataire fraîchement divorcée qui trimballait sa progéniture -et sa poitrine hautaine de jeune fille très légèrement vêtue- d’un bout à l’autre du palier pour vous demander de la dépanner en sel,  farine ou lait, surtout les soirs où il y avait Dallas à la télé, et que votre mère avait laissé son repassage de côté pour s’enquérir, fébrile, du sort de Bobby que son salopard de frangin voulait sceller. La légende dit que le danger, c’était aussi le facteur ou le plombier. Car souvent, Liliane était mère au foyer, c’est à dire femme assignée à résidence en raison du nombre incalculable de tâches ingrates à remplir chaque jour sans jamais en tirer la moindre gloire. Et la venue exceptionnelle d’un dépanneur de chair et de sang au sein de son humble demeure devait constituer l’événement le plus exotique ET érotique qu’elle ait vécu de toute l’année.

Le danger c’était aussi la belle-mère, intrusive, qui vous faisait sentir que quoi que vous fassiez d’héroïque au sein du foyer, vous ne seriez jamais qu’une sorte de petite crotte malodorante qui ne mérite pas sa progéniture : Aaaah, vous ne repassez pas les torchons ? Ça alors, en voilà une idée… (air pincé puis rictus de dégoût)

le danger pour le couple c’était la petite secrétaire tailleur moulant et lunettes à écaille (femme à lunettes… femme qui voit mal), celle qui se plaisait fort à ramasser minutieusement les dossiers que monsieur laissait choir, un peu trop souvent d’ailleurs, sans que le soupçon d’une quelconque maladie de Parkinson n’effleure l’esprit de ses collègues de bureau.

Heureusement, les temps ont changé. Les tristes histoires de belles-mères, de plombiers et de sténo-dactylos vraiment très impliquées ont été reléguées au rayon Vintage des préoccupations humaines depuis que les nouvelles technologies ont vu le jour. Car forcément, les journées n’ayant pas rallongé depuis les années 80, il demeure évident que l’on a du instaurer des priorités : choisir entre Facebook et Pouffie la secrétaire, entre Twitter et Dédé le facteur, entre Candy Crush et la belle-mère. Et ce fut vite vu…

 

ALORS JE ME POSE JUSTE CETTE QUESTION: INTERNET NE SERAIT-IL PAS L’AMI DU COUPLE… FINALEMENT…???

 

Parce que, bête que je suis, il y a encore quelques semaines, je pensais strictement l’inverse, à savoir que Smartphones, tablettes et P.C portables finissaient par nous séparer de corps et par conséquent d’esprit. Fatalement.

Si je m’interroge sur ce point, c’est parce qu’une de mes meilleures amies m’a raconté une anecdote qui m’a secouée jusqu’aux tréfonds de moi même. Elle a évoqué un couple de trentenaires de sa connaissance qui avait frôlé la rupture parce que Mademoiselle était devenue accro à Candy Crush. On précisera, pour ceux qui viendraient juste d’être libérés d’une prise d’otage de 3 ans dans la jungle guatémaltèque, que Candy Crush n’est pas un simple jeu mais LE jeu auquel IL FAUT jouer si l’on se respecte en tant que détenteur de Smartphone ou espion Facebookien. (Mais si vous n’en êtes pas, ce qui suit pourra quand même vous intéresser, patience…) Le jeu consiste à faire exploser des lignes de bonbons de même couleur en les alignant ad libitum, ce qui n’est pas sans nous rappeler le bon vieux Tetris, plus freudien, qui impliquait que l’on fasse aussi exploser des lignes en comblant des trous avec des quadrilatères de différentes longueurs et largeurs.

 

Mon amie Caro m’a donc confié que la demoiselle que nous appellerons Gwendoline avait reçu une invitation via Facebook à jouer à Candy Crush. Elle tenta l’expérience et devint accro dès la première prise. Elle téléchargea l’application sur son Smartphone et commença à s’adonner à l’alignement frénétique des bonbecs pugnaces dès qu’elle avait un moment : à la pause dej’, en salle d’attente, au feu rouge, aux toilettes, à table, puis le soir après manger, jusqu’à tomber de sommeil. A force, Ludo, son homme, commença à s’agacer de dîner, regarder la télé et aller se coucher invariablement SEUL :

« Tu viens te coucher ou quoi ???!

–       Attend, je viens de passer au palier supérieur c’est TROOOOP important !!!

(40 minutes plus tard)

–     Alooors, ça y est ???

–     Dans cinq minutes, promis mon chat !!! »

 

Gwendoline pensait vraiment arrêter dans cinq minutes, mais le jeu était devenu plus fort qu’elle. Heure du coucher : 2h44. Dernier câlin avec son homme 18 jours, puis 21, puis…

Candycrush n’est pas un simple jeu mais LE jeu auquel IL FAUT jouer si l’on se respecte en tant que détenteur de Smartphone ou espion Facebookien.

Elle en faisait même des cauchemars :  une nuit, elle se réveilla en sueur après avoir rêvé qu’elle se rendait chez un concessionnaire pour acheter une voiture, et, dans le parking, elle constata avec frayeur que les véhicules n’étaient pas alignés par couleur, vous imaginez quand même l’épouvante ! Alors elle se mit à ouvrir toutes les voitures au pied de biche (oui, un vrai pied de biche sauvagement arraché à Bambi) pour les aligner comme il se doit, mais arrivé à la dernière, elle s’aperçut qu’il n’y avait pas assez de véhicules bleu glacier pour former une ligne AAAAAAAAHHHHHHHHHH !!! Cette nuit-là, Ludo lui posa un ultimatum : arrêter les bonbons, ou leur histoire.

Et c’est là que c’est intéressant. Le joueur de Candy Crush est adaptable, et plein de ressources, à force d’esquiver le danger. Gwendo réfléchit toute la journée à ce qu’elle allait bien pouvoir faire, car en effet, Ludo était devenu hyper chiant avec le temps, et ne cherchait plus du tout à la comprendre : un tyran quoi. Toutefois, elle se dit que ce n’était quand même pas une raison pour capituler, et se mit à réfléchir à ce qui pourrait sauver son couple.

 

Le soir, elle rentra à la maison avec une mine réjouie et lui tint ce discours :

 

« Chaton, tu sais bien que je t’aime et que tu es ma priorité, mais vois-tu, ce qui me ferait plaisir c’est nous fassions une partie tous les deux avant que je renonce DEFINITIVEMENT à Candy Crush… »

 

Touché par la décision raisonnable de Gwendoline, Ludo accepta, non sans anticiper mentalement les futures soirées d’amoureux qu’ils allaient passer à nouveau, comme avant.

 

Et à la première partie, Ludo devint, comme prévu par Mademoiselle, complètement ACCRO à Candy Crush… !

Aujourd’hui, Gwendo et Ludo passent leur vie à aligner des bonbons et à éviter cette saloperie de gélatine qui leur tombe dessus sans prévenir. Rien ne vient perturber leur bien-être : ni secrétaire, ni plombier, ni belle-mère. Leur intimité se résume à se donner généreusement « une vie » lorsqu’ils sont Game Over. Ils forment un couple modèle : jamais un reproche, ni d’impatience, ni de pression, UN COUPLE SANS HISTOIRE quoi !

 

Alors oui, on va dire que les nouvelles technologies sont, d’une certaine façon, amies du couple… ELLE EST PAS BELLE LA VIE?!

 

Néanmoins, j’encourage tous ceux dont les invitations quotidiennes à jouer à Candy Crush FONT CORDIALEMENT CHIER à partager cet article pour l’annoncer clairement à leurs contacts en le faisant précéder peut-être par cette phrase de Brel :

 

« J’ vous apporté des bonbons, parce que les fleurs c’est périssable, tout comme le café, l’apéro ou la vie sexuelle… »

 

 

Parce qu’il vaut mieux en rire qu’en mourir…Et à la première partie, Ludo devint, comme prévu par Mademoiselle, complètement ACCRO à Candycrush… !

 

 

Estelle Bee.

Protégé : Diplomatie ou dure lutte, telle est la question…

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Cesser ou pas de répondre DTC à la question « Où… ? »

Aujourd’hui je souhaite aborder ce phénomène qui perdure et qui fait rage aussi bien sur les bancs des lycées que dans les salles de pause des honnêtes gens : la DTC Attitude. Je précise donc pour ceux qui reviendraient d’une longue mission sur une station spatiale russe, que la DTC Attitude est ce réflexe animal qu’ont certaines personnes de répondre Dans ton cul à la question « Où… ? » au beau milieu d’une conversation sérieuse de préférenceC’est cet homme qui un jour provoque une étincelle en frottant deux silex. C’est ce petit enfant hilare qui parvient enfin à mettre un pied devant l’autre. C’est cette jeune femme qui essaye pour la première fois de sa vie un petit pull noir en cachemire. Et… c’est cet ami qui un jour vous répond Dans ton cul alors que vous lui demandiez où il avait garé son scooter. C’est cet instant où votre vie bascule, et qui vous fait sentir que désormais, plus rien ne sera comme avant.

Aujourd’hui je souhaite aborder ce phénomène qui perdure et qui fait rage aussi bien sur les bancs des lycées que dans les salles de pause des honnêtes gens : la DTC Attitude. Je précise donc pour ceux qui reviendraient d’une longue mission sur une station spatiale russe, que la DTC Attitude est ce réflexe animal qu’ont certaines personnes de répondre Dans ton cul à la question « Où… ? » au beau milieu d’une conversation sérieuse de préférence. Et pour les puristes, se retenir de répondre DTC, c’est comme se retenir de pousser sur une table d’accouchement : contre-nature.  Retour sur cet art de vivre et de lâcher prise très controversé – et bien trop méprisé à mon sens- en 10 commandements incontournables qui peut-être vous éclaireront sur le sujet. A vous de choisir ensuite d’adopter ou non le style DTC. Evidemment, le tutoiement s’impose…

 

1. Quand tu as affaire à une personne dite visuelle, tu prends le risque de provoquer des visions d’horreur chez ton interlocuteur qui aura vite fait de s’imaginer avec des capsules Nespresso , une clé USB, le serveur du restau, ou la camionnette de l’entreprise garée dans son séant. Mais c’est justement là que c’est le plus drôle…

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2. Vu que ça fait bien longtemps (voir vidéo de Rambo) que la mode Dans ton cul a vu le jour –si je puis dire- tu peux paraître VIEUX auprès des personnes qui sont déjà passées à autre chose -c’est malheureux à dire, mais il y en a- au niveau humour

3. Il te faut posséder une grande maîtrise de toi quand tes joyeux collègues sans scrupules te soufflent un DTC bien à propos par dessus l’épaule de ton chef qui te demande OÙ tu as ENCORE classé le dossier Contentieux

 

4. L’art du DTC est basé sur le réflexe, la rapidité. Il faut être prêt(e) à bondir tel(le) un guépard sur une antilope. Inutile de le placer si deux secondes se sont déjà écoulées après la question « Où… ? », à moins d’avoir commencé par un efficace « Ben, j’ai envie de te répondre heu… » sur un ton des plus sérieux

 

5. Certains amis coincés pourront te faire comprendre que ça fait de toi une personne grossière, même si tu prononces ces mots avec une petite pointe d’accent britannique ou une coupe de champagne Laurent Perrier à la main. Une tenue vestimentaire et coiffure IM-PEC-CA-BLES s’imposeront donc

Pire, si tu es une femme, il paraît que ces 3 pauvres petits mots feraient chuter de moitié ton capital séduction. La réciproque : si tu as le sex appeal de Susan Boyle, tu n’as aucune raison de t’abstenir, alors fais-toi plaisir, personne ne relèvera ta remarque

6. Pire, si tu es une femme, il paraît que ces 3 pauvres petits mots feraient chuter de moitié ton capital séduction. La réciproque : si tu as le sex appeal de Susan Boyle, tu n’as aucune raison de t’abstenir, alors fais-toi plaisir, personne ne relèvera ta remarque

 

 

7. Si, justement pour ces raisons, tu n’assumes pas ta DTC Attitude, tu peux toujours te défausser sur les autres, à condition bien sûr d’être en groupe d’au moins 3 personnes. La technique : lorsque la question fatidique tombe enfin, commence par le fameux : « Heu, j’ai envie de te répondre heu… » et laisse ensuite faire les autres. Tu verras, c’est magique, il y en aura toujours un qui fera le job pour toi, et passera ainsi pour le Jacquouille de service à ta place. Tu peux même aller jusqu’à feindre d’être choqué(e) à ses mots, en toisant le malheureux pigeon d’un air condescendant, regard que tu accompagneras d’un : « Quand même, t’exagères là… » bien senti

 

8. Il faut savoir que dans quelques rares situations, le DTC ne peut fonctionner. Abstiens-toi par exemple face à Patrick Juvet qui te demanderait « Où sont les femmes ? » (cela n’aurait aucun sens) ou lors d’un premier rendez-vous amoureux

 

Quand tu as affaire à une personne dite visuelle, tu prends le risque de provoquer des cauchemars chez ton interlocuteur qui a vite fait de s’imaginer avec des capsules Nespresso , une clé USB, le serveur du restau, ou la camionnette de l’entreprise garée dans son séant

DTC records présente « Papaoutai (?) »

9. Si tu es du genre mono-tâche (qui a dit « masculin » ?!?!?), sache que pendant que tu te retiens très fort de répondre DTC dans une situation interdite, tu n’écoutes absolument RIEN DU TOUT de ce que te raconte ton interlocuteur –supérieur hiérarchique ou personne convoitée- et que cela peut fatalement se retourner contre toi : « Et toi, dis-moi, t’en penses quoi ??? »

 

10. On aura beau critiquer la DTC Attitude, la traîner dans la boue et la taxer de réflexe primaire, mais ce qu’on ne pourra pas lui enlever, c’est que le Dans ton cul ne ment pas, ne triche pas, ne s’encombre pas de fausses bonnes manières : vouvoiement, euphémisme, fioritures… Il a fait vœu de pauvreté et vit dans le dénuement le plus total. Il reste, à toute épreuve, fidèle et égal à lui-même. En somme, il n’a qu’un seul but :

 

Te permettre de dire des insanités bien libératrices en public !

 

 

A la semaine prochaine, vous savez quand, et surtout, vous savez

On aura beau critiquer la DTC Attitude, la traîner dans la boue et la taxer de réflexe primaire, mais ce qu’on ne pourra pas lui enlever, c’est que le Dans ton cul ne ment pas, ne triche pas, ne s’encombre pas de fausses bonnes manières : vouvoiement, euphémisme, fioritures… Il a fait vœu de pauvreté et vit dans le dénuement le plus total. Il reste, à toute épreuve, fidèle et égal à lui-même. En somme, il n’a qu’un seul but :   Te permettre de dire des insanités bien libératrices en public !

 

Estelle Bee.

 

 

 

LE BAL DES HYSTÉROS: les femmes et les enfants d’abord…

Et puis un jour, tu tombes sur une pub merdique à la télé qui vend des assurances-vie, et là, sans prévenir… tu chiales ta race ! Tu ne peux plus t’arrêter, tu ne te comprends pas, puisque tu n’es pas triste… Et … tu as honte de toi.

Tu es bien imparfaite, mais ce que l’on ne pourra pas t’enlever, c’est ta nature joviale et ton sens de la dérision. Les larmes de bonheur, pour toi, c’est un oxymore, une contradiction.  Pour toi les pleurs sont synonyme de chagrin, du cœur qui se craquèle devant l’injustice, après le deuil, ou l’amour perdu. Ça, tu connais bien. Ta mère te dit d’ailleurs dans ces moments-là que le jour où tu seras maman tu t’endurciras devant l’adversité. Mais quand tu regardes toutes ces dindes à la télé qui fondent en larmes parce qu’elles viennent de gagner une couronne hideuse , une écharpe tricolore et une Twingo vert pomme après un concours de beauté, tu as juste envie de les gifler très fort à coups de raquette de ping pong. Parce que toi, lorsqu’un instant de bonheur daigne s’offrir à toi, tu as juste envie de faire des bonds à la manière de Skippy le kangourou et de zouker en hurlant Netwoyééééé, balayéééééé, astiquééééé casa toujouw pimpante !!!!!!!  dans une folie communicative. Tu exècres la mièvrerie. Plutôt crever que chialer devant un coucher de soleil main dans la main avec Chouchou. Beuah.

 

Et puis un jour.

 

Et puis un jour tu apprends que tu n’es plus seule dans ton corps. Ça t’était déjà arrivé avant, mais pas plus de trente-cinq minutes montre en main…! Tu es heureuse, mais tu ne pleures pas, ça non ! Tu te sens bizarre, habitée, et quelquefois sauvagement squattée quand ça tiraille, quand ça fatigue à mort, quand « ça travaille » comme disent si poétiquement les grands-mères…

Mais tu ris, tu tournes en dérision ton corps épanoui par la peau d’orange –qui, après expulsion de l’objet, deviendra bien amère-, tu te surnommes Mama Africa à la vue de ton inespéré 90D. Un matin, tu te réveilles avec le mot « Mortadelle » en tête, gimmick obsessionnel qui te réveillera en pleine nuit, et qui règnera sur ton alimentation jusqu’à la fin…

Et puis un jour, tu tombes sur une pub merdique à la télé qui vend des assurances-vie, et là, sans prévenir… tu chiales ta race ! Tu ne peux plus t’arrêter, tu ne te comprends pas, puisque tu n’es pas triste… Et … tu te trouves affligeante.

 

Et puis un jour, ta baudruche se rompt… A l’hosto, tu la joue ironique, le seul truc qui t’obsède, c’est que la sage-femme ne soit obligée de dégainer une paire de ciseaux à volaille qui sonnera le glas de ta féminité la plus impudique. Tu ne penses qu’à ça, tu imagines le bruit d’un gigot cru que l’on tranche, tu es terrorisée. Mais lorsque la chose sort de toi, tu t’aperçois que c’est TON enfant, tu le reconnais tout de suite, C’EST LUI, C’EST SÛR PUTAIN DE MERDE ! Et là, pour la toute première fois toute toute, tu étouffes un vagissement, et de tes yeux ébahis giclent des seaux de larmes… de bonheur. Et tu n’en as même pas honte, tu t’en fous, parce que de toute façon tu n’es pas vraiment en état de zouker.

 

Cet état de grâce durera quelques jours ou semaines durant lesquels tu regarderas ta création, remplie d’un amour si puissant qu’il fait presque mal.

Mais lorsque la chose sort de toi, tu t’aperçois que c’est TON enfant, tu le reconnais tout de suite, C’EST LUI, c’est sûr putain de merde ! Et là, pour la toute première fois toute toute, tu étouffes un vagissement, et de tes yeux ébahis giclent des seaux de larmes… de bonheur. Et tu n’en as même pas honte, tu t’en fous, parce que de toute façon tu n’es pas vraiment en état de zouker.Puis un jour vient le temps de l’épuisement. Tu ne sais plus où tu habites, puisque tu zones, à des heures improbables, désespérée de ne pouvoir calmer ce petit être qui te pompe toute ta foutue énergie. Ton appart c’est Beyrouth, tes cheveux sont gras, tes mamelles énormes en granit (il ne leur manque que la parole), tu traines en peignoir en attendant que le marchand de sable anesthésie ton amour de tyran  et que tu puisses enfin aller prendre une douche, de laquelle tu sortiras bien sûr en catastrophe pleine de mousse pour nourrir Kubiac qui s’essaye au contre ut, comme par hasard… Tu ne veux plus de visites, trop crevée et malodorante de l’épaule droite, celle que tu as sacrifiée aux « rototos retour à l’envoyeur ». Dans les moments les plus noirs, tu te dis que si la petite chose n’était pas là, tu feuillèterais bien un Voici bien putassier avant d’aller faire une sieste de 92 heures, et tu rêves de ta vie d’avant, de plage, de soldes, de concerts, de Mojitos, tu en crèves comme un rat. Puis tu culpabilises, surtout après être allée fumer une demi-cloppe sur la terrasse en pensant que les infanticides ne doivent pas être commis que par des femmes schizophrènes, mais aussi par des nanas lambda qui craquent et déboulonnent en une fraction de seconde, avant de découvrir, atterrées et à jamais brisées, l’épouvantable conséquence de leur acte. Tu t’en veux de ces pensées indicibles, tu te détestes, et tu te retiens d’aller réveiller ton petit être fragile pour lui demander pardon en enfouissant ta tête en son sein. Tu as oublié l’existence du mascara puisque tu finis toujours par ressembler à Kung Fu Panda, à force de sangloter. Tu te fais pitié. Parfois tu voudrais dormir, dormir, dormir… pour toujours. Personne ne semble comprendre le bordel cataclysmique qui pollue ta tête de jeune maman qui n’a pas le droit d’être éreintée et moribonde, tu les emmerdes tous anyway.

Culturellement t’es à la ramasse, parce que quand tu as une minute, tu cours t’envoyer Morphée -le seul mec sur lequel tu fantasmes- au lieu de lire le Monde Diplomatique.

 

Un mois avant la reprise du boulot, ta réserve laitière se tarit, et tu le vis comme si le monde s’effondrait, et que désormais ta présence face à ta progéniture tant aimée perdait son sens. Le matin de la reprise, ton lutin ne se laisse pas habiller, hurle, te met en retard. Du coup tu le jettes à la crèche et fonces au taf pour te retrouver face à l’expression pincée et clairement réprobatrice de ta chef qui t’attend, facétieuse, devant la porte. Et à ce moment précis, tu voudrais répondre à son air irrité en lui hurlant ta rage et ton désespoir au point de lui avaler la tête à la manière d’une veuve noire après l’accouplement. Tu as du mal à retrouver une vie sociale. Tu vois mais tu ne regardes plus, tu entends mais n’écoutes plus vraiment…

 

Jusqu’au jour où, à la télé, tu vois Alessandra Sublet, qui sort de deux semaines de repos post-natal à Saint Barth, repos bien profitable puisqu’elle y a pondu un bouquin pour évoquer son baby blues afin que « les femmes ne se sentent plus isolées dans leur lourd passage dépressif ». Merci AlessJusqu’au jour où, à la télé, tu vois Alessandra Sublet, qui sort de deux semaines de repos post-natal à Saint Barth, repos bien profitable puisqu’elle y a pondu un bouquin pour évoquer son baby blues afin que « les femmes ne se sentent plus isolées dans leur lourd passage dépressif ». Merci Aless. Elle nous explique combien son homme est for-mi-da-ble ainsi que sa hiérarchie, qui désormais accepte qu’elle ne travaille que 3h30 par jour. Et à la question : « Et si cela n’avait pas été possible, qu’auriez-vous fait ? », elle répond « J’aurais arrêté de travailler sans hésiter ! » Ah ben oui, merde, j’y avais pas pensé ! Te dis-tu en essayant d’imaginer la tête de ton homme si tu lui proposais de ne vivre que sur son seul salaire. Alors Alessandra Sublet, t’as juste envie d’aller lui exploser ses dents de lapin en un coup franc en lui hurlant à mort Fuck your bloody mother avant de déféquer allègrement sur son livre.

Et puis un jour… Ces passages-là, tu les évoques en riant avec tes amis retrouvés. Tu ne dis pas que tu avais mal au plus profond de toi, tu dis que t’étais à l’ouest. Ni que tu t’es tapée une sérieuse dépression, tu préfères parler des hormones en chute libre. Tu emplois souvent le mot hystéro -c’est plus rigolo- maintenant que tu arrives à faire des nuits complètes de six ou sept heures. TU RENAIS à la vie, mais tu voues un amour empirique à toutes les femmes de la terre (sauf Alessandra Sublet). Et surtout, surtout, tu ne chiales plus !!! Tu redeviens toi, la bad girl.

Le temps passe, guérisseur.

 

Et puis un jour, ton mini toi devient écolier. Tu lui commandes un super tablier Made in France qui te coûte un avant-bras pour marquer classieusement son entrée dans L’AUTONOMIE DE LA PENSÉE. Tu te surprends même à coudre des oursons sur son kit dodo, pathétique… Plus les jours s’égrainent avant le lâcher de l’oisillon, plus tu as la sensation d’avoir gobé une bille en fer qui s’est coincée juste là, sous ton sternum. Parce que ce qu’il se passe, c’est que tu te reprends ces trois dernières années en flashes-back si fort dans la poire que tu peines à comprendre ton malaise. Ai-je fait suffisamment ? Qu’est-ce que j’aurais pu faire mieux ? Tu penses que ta période de zombie post-partum a passablement fait dévier ta vision de l’instant, et vos premiers contacts. Tu comprends aussi qu’il n’y aura jamais de retour en arrière, que c’est comme ça. Qu’un jour il embrassera une fille, qu’il aura son bac, qu’il vivra des émois qu’il ne montrera pas toujours, et tu ne pourras rien y faire, qu’il t’embrassera sur le front en continuant à te dire « ma petite maman », ou qu’il sera plus pudique et aura honte de tes assauts, qu’un jour lui aussi il pestera devant son réveil à l’heure d’aller au taf, et que peut-être, ses yeux s’embueront aussi le jour où il reconnaitra instinctivement un petit être qui déploie ses poumons à la vie. A cette pensée, tes cils inférieurs croulent à nouveau sous le poids. Tu comprends que tu ne peux lutter, qu’il faut que tu lâches tout ça. Tu penses à ce petit bout qui t’a dit la veille de son envol qu’il voulait être vétérinaire pour les animaux, et tu comprends pourquoi tu n’as pas corrigé le pléonasme.

 

Parce que qu’il soit vétérinaire, pompiste, escort boy, et même criminel, tu comprends que tu l’aimeras d’arrache-cœur jusqu’à ce que tu crèves enfin, et encore, c’est pas dit que tu arrêtes à ce moment-là, t’es plutôt du genre tenace…

Je dédie cette chronique à toutes les hystéros qui voudront bien se reconnaître, ainsi qu’à toutes les autres…Parce que qu’il soit vétérinaire, pompiste, escort boy, et même criminel, tu comprends que tu l’aimeras d’arrache-cœur jusqu’à ce que tu crèves enfin, et encore, c’est pas dit que tu arrêtes à ce moment-là, t’es plutôt du genre tenace…  Je dédie cette chronique à toutes les hystéros qui voudront bien se reconnaître, ainsi qu’à toutes les autres…

 

Estelle Bee.