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Lettre ouverte à Pierre Gattaz, conseiller en Plan d’Urgence s’il en est…


Lettre ouverte à Pierre Gattaz après les attentats de Daesh à Paris.

 

Très cher Pierre,

 

Souffrez que je vous appelle par votre prénom, bien que vous n’ayez pas eu la chance de m’être présenté, à cause du fait très probable que nous ne fréquentons pas le même milieu. Pas de pot, Pierre…

Oui, le jeu de mots est facile, et je l’emploie sans rougir puisque je le tiens de mon père, indécrottable CGTiste qui s’est battu jusqu’au bout de ce qu’il pouvait légalement expectorer, allant même jusqu’à occuper des mois durant, les locaux d’une grande entreprise bénéficiaire qui du jour au lendemain, décida qu’elle allait se délester de tous les culs terreux qui y travaillaient de père en fils. D’ailleurs, ladite entreprise, facétieuse, n’a même pas pris la peine d’investir dans la recherche pour tenter de faire désamianter les poumons de ses sbires qui allaient bientôt perdre leur identité, divorcer ou même crever la gueule ouverte. Je ponctuerai donc cette lettre de tous ces jeux de mots pourris inhérents à votre prénom, en hommage à cet humour populaire que vous devez tant conchier.

Alors qu’est-ce que j’apprends? J’apprends, cher Pierre, que vous vous souciez avec force altruisme des dépenses publiques de notre pays, au point d’avoir declaré que les attentats perpetrés contre des centaines d’innocents à Paris « n’étaient pas une raison pour que les dépenses publiques s’en aillent à vaux l’eau. »

Nous savions bien, depuis quelque temps, que votre opinion était largement entendue par les dirigeants que nous avons élus “démocratiquement” après qu’ils aient pointé du doigt l’ennemi sans visage –autrement dit, sans figure- que vous représentez à vous seul. Mais ce que nous ignorions, c’est que vous prétendiez distiller également vos fétides conseils en matière de politique sécuritaire. Vous faites donc partie de cette minorité d’individus que Dieu a dotés d’une polyvalence absolue, de ces “touche à tout” que l’on peut solliciter pour n’importe quoi. Voilà pourquoi aujourd’hui, j’en appelle à votre science afin de savoir comment je pourrais faire partir cette vilaine tache de graisse d’une robe en soie Tara Jarmon qui m’a coûté un oeil et demi. Elle résiste en effet à la Terre de Sommière et aux détachants classiques. Une suggestion Pierre, vous qui détenez la plus grande estime de soie que je connaisse?

Mais revenons aux dépenses publiques, cher Pierre. D’ailleurs, j’ignorais que vous interveniez également dans un domaine diamétralement opposé à celui que vous représentez avec cette loupe grossissante qui colle une étiquette gerbante sur les dirigeants de PME, lesquels ne doivent pas se reconnaître en vos propos. Car il semble que contrairement à vous, la plupart de ces hommes et femmes qui montent leur boîte seraient bienheureux de payer décemment leurs salariés plutôt qu’envisager de leur proposer une alternative –chantage- inférieure au SMIC, comme vous le fîtes de façon si décomplexée l’an dernier, ce qui choqua Laurence Parisot elle-même. Normal, comparé à l’Antéchrist, même la pire des râclures ressemblerait au grand-père d’Heidi. Ou à Soeur Emmanuelle. Mais je ne vous jette pas la pierre, Pierre, je balance plutôt un pavé dans la marre, et je me prends à imaginer avec un petit sourire aux lèvres, ce qui serait advenu de votre tête si vous aviez tenu de tels propos en 1789.

Seulement, dans la réalité, je ne peux que constater que le travail de sape des rapports entre le public et le privé auquel vous vous adonniez avec la frénésie d’un You porn addict fonctionnait très bien jusqu’alors.

Effectivement, le petit patron endetté qui n’a même pas les moyens de se verser son propre salaire, voyait d’un mauvais oeil celui qui est payé à ne rien glander aux frais de l’Etat qu’il sert, Pierre. Et inversement, le fonctionnaire qui assiste, impuissant, à l’érosion de ses acquis sociaux pour un salaire inférieur à son niveau d’études ne pouvait qu’envier les revenus de son équivalent du privé. Et enfin, le salarié à qui l’on proposait un « dialogue » (ultimatum) social lors d’un plan de “restructuration” (licenciement) ne pouvait que haïr de toute sa bile l’essence-même du patronat. C’était en effet bien joué.

Mais ça, c’était avant.

C’était avant, parce qu’en suggérant de faire des économies sur la sécurité des français, vous avez, cher Pierre, commis la même erreur que Daesh en cet innommable vendredi 13:

VOUS AVEZ TIRÉ SUR TOUS LES FRANÇAIS.

Pas seulement sur les fonctionnaires, les chômeurs, les salariés, les gagne-petit, les gagne-encore-moins, les gagne-wallou, et tous ceux que vous avez l’ambition d’asservir, et de diviser pour mieux régner. Non. Là, vous avez tiré à l’aveugle, et vous avez tiré sur l’HOMME. Et qui plus est, sur l’Homme qui craint pour sa vie et celle des siens. Sur l’Homme blessé. L’Homme écorché vif. Vous avez donc aussi tiré sur cette catégorie d’hommes et de femmes dont vous prétendez défendre les intérêts, au même titre que les fous de Daesh qui prétendent tirer au nom de la religion, et qui butent de sang froid les plus fervents croyants de leur dieu.
Et c’est peut-être à cause de cela, cher Pierre, que s’achevera votre oeuvre contre notre fraternité chérie. Vous avez voulu courir, mais comme le dit l’adage, Pierre, pierre qui roule n’amasse pas mousse, hein.

Alors pour finir, je souhaitais évoquer les dépenses publiques que tu ne souhaites pas accroître (et pardonne-moi si je te tutoie désormais, mais là, tu m’y obliges un peu)

Tu suggères donc de ne pas accroître le budget Santé au moment où les hôpitaux s’acharnent à sauver des vies que tu méprises

Tu suggères donc de ne pas accroître le budget de la Défense, celui qui protège l’intégrité physique des citoyens que tu dédaignes

Tu suggères donc de ne pas mettre le paquet sur l’Éducation de ces jeunes en recherche désespérée de repères et par conséquent si désarmés face au prosélytisme armé

Alors, si je peux te donner un conseil, Pierrot, occupe-toi de tes petites affaires de nano-monarque désuet, et ne viens plus faire ton serpent à sornettes pour te venger, peut-être, d’un fils d’électricien qui s’est naguère foutu de ta tronche de Gargamel dans la cour de récréation.

Pour finir, j’ai trois petites questions pour toi, Pierrot:

Qu’est-ce que cela fait de prospérer grâce à de petites mains à qui tu ne redistribues pas le vrai fruit de leur labeur parce que tu préfères tout garder pour toi?

Qu’est-ce que cela fait d’être soumis aux mêmes taxes patronales que le cordonnier ou le primeur du coin, et de faire croire que TOI, tu es leur porte-parole?

Et qu’est-ce que cela fait de sous-entendre publiquement que le pognon à plus d’importance que la vie de centaines d’êtres humains?

Parce que, figure-toi, je te jure que pour la majorité des vrais gens, empêcher ou dissuader de préserver des vies revient à appuyer soi-même sur la gachette.

Pas futé pour un sou, Pierre 😉

 

Gros bisous

 

Estelle Bee.