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Les seniors, délinquants des hypermarchés

les seniors, délinquants des hypermarchés.

Parler de délinquance fait vendre. Parler de délinquance fait voter. Surtout les retraités, d’ailleurs. Car la notion de délinquance nous renvoie machinalement l’image de jeunes ères à capuche estampillés Nike la police qui dealent au pied d’un immeuble, en s’explosant les tympans à grands coups de Lacrim ou de Booba, qui aujourd’hui, est très loin d’être un ourson recueilli par un petit indien doté d’un fort accent belge. Le délinquant, c’est en définitive, ce jeune mal éduqué qui arrache le sac à main des petites mamies à la sortie des cimetières, et constitue donc, une menace pour la société.

Pourtant aujourd’hui, j’ai décidé de lancer une missive contre cette délinquance insidieuse dont on ne parle jamais, et qui pourtant fait rage au quotidien. Contrairement à celui de Hollande 2012, mon ennemi à moi a un visage, un nom, et malheureusement, il se présente même parfois à des élections. Son visage est fort ridé, ses cheveux sont souvent gris, absents, ou aubergine, il sent l’eau de Cologne Mont-Saint-Michel, et il achète du Polident (je suis, je suis ???????) Je parle bien sûr du délinquant senior.

Bien entendu, j’entendrai le terme de « délinquant » au sens large, étant donné que si le senior, perfide, commet des forfaits qui nuisent à autrui, ils sont par contre rarement répréhensibles par la loi.

À cette règle ne se rapporte qu’une seule exception : le délinquant de la route sénile. Celui qui prend l’autoroute en sens inverse, te grille la priorité en sifflotant du Trenet, ou t’arrache un rétro avant de te faire la leçon, puisqu’il conduit depuis 1949, et n’a pas de conseil à recevoir du jeune con que tu es, toi, puisque tu dois le respect le plus totalitaire à ton aïeul de presque 90 piges.

Un peu profiler, le délinquant – ou kaïra- senior choisit scrupuleusement sa victime, et parvient toujours à retourner la situation à son avantage, puisqu’en théorie, il est forcément le plus vulnérable. Pire encore, il sévit parfois en bande organisée.

Ainsi, il choisira toujours de faire ses petites commissions au moment où tu fais tes grosses courses –et non l’inverse, herk- et que tu n’as qu’une petite heure pour cela, entre midi et une heure par exemple. En substance, il exhibera son grand âge d’une façon des plus ostentatoires (très look at the rides) : il feindra de ne pouvoir lire une date de péremption, te demandera de te baisser pour te saisir de ses boudoirs premier prix, ou souhaitera que tu lui précises si son bon d’achat Herta fonctionne sur du jambon Fleury Michon. Enfin, le vieux casse-couilles gentil retraité ne s’arrêtera pas là. Car au moment où tu croiras l’avoir semé, derrière toi il réapparaîtra. Au passage en caisse. Et c’est pile poil à l’instant où il te demandera si tu aurais la gentillesse de bien vouloir le laisser passer, puisqu’il n’a que 11 articles, et que toi, tu as un caddy bourré façon Renaud (le chanteur, pas la bagnole) qu’il te portera l’estocade. En l’espace de quelques secondes, un bordel sans nom s’emparera de ta tête : être à l’heure pour la réunion/ putain, mais il n’est pas censé mater Jean-Luc Reichman à la téloche, le vioque/ non, mais, elle veut pas que je lui paye ses courses aussi, la vieille morue mamie ? Durant ce temps de réflexion, le senior délinquant simulera le chagrin, l’abattement, voire un début de malaise, pendant que l’ensemble de la file d’attente ainsi que la caissière te lanceront des regards réprobateurs qui auront raison de ton statut de travailleur/euse qui se dépêche de retourner turbiner pour lui payer sa foutue retraite, ainsi que de ton libre-arbitre. Évidemment, le délinquant senior paiera ses commissions par chèque, et mettra cinq ou six bonnes minutes à dégager le plancher, dans le meilleur des cas. Car dans le pire des cas, il se sera trompé de caisse, puisque celle-ci ne prend que les cartes de crédit. Cette méprise sera sans doute volontaire : il souhaitera, en réalité, se mettre à l’affût d’une autre victime innocente dont il ne fera qu’une bouchée.

Le plan du délinquant senior des hypermarchés est hyper bien ficelé : si tu acceptes le deal de le faire passer, il est gagnant. Si tu refuses, il n’est pas perdant, car, en réalité, il a tout son temps, lui. Et dans la bataille, il parvient à te faire passer, toi, jeune actif, pour une véritable raclure de bidet. Ainsi, le délinquant senior parviendra à te pourrir le reste de la journée car tu n’auras de cesse de te demander -à juste titre- s’il n’a pas fait exprès de garnir son filet de 11 articles, juste un de trop pour la caisse rapide.

Après avoir vécu plusieurs fois cette expérience, tu ne considèreras plus les seniors du même œil. Et lorsqu’une mémé en déambulateur mettra la demi-journée à venir à bout de ce passage pour piétons, ton pied droit tremblera un peu au-dessus de l’accélérateur. Et seule l’idée de finir dans une cellule qui sent le service de gériatrie t’empêchera d’abréger ses souffrances. En rentrant chez toi, tu regretteras un peu tes viles pensées, jusqu’à ce que tu regardes de plus près la composition de ta crème caramel Mamie Nova : E150b (cancérigène), E407 (ulcérant), et que tu imagines cette vieille S……. en compagnie de la Mère Poulard et de Cap’tain Igloo te faisant un magistral doigt d’honneur.

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Mieux vaut en rire qu’en mourir,les séniors

 

 

Estelle Bee.