Monthly Archives: novembre 2016

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TOO CONNECTED PEOPLE

Tu es trop connectée. Et val! Le diagnostic est tombéTU-ES-TROP-CONNECTÉE!

 

ET VLAN!

LE diagnostic est tombé.

Et malgré son immense relativité, je souhaiterais parler aujourd’hui de cette maladie orpheline dont je souffre à priori d’après des sources très proches:

La tu-es-trop-connectérite aiguë .

 

Definition: 

La « tu-es-trop-connectérite aiguë », c’est, en d’autres termes moins savants « l’hyper-connexion au Monde ». Rien à voir avec la geek attitude, car moi, je suis tout juste fichue d’envoyer un mail et de consulter ma page Facebook. Donc, comme dirait BFM, pas d’amalgames, hein!

Mon problème à moi serait donc d’être trop sensible aux grandes questions qui touchent notre planète et par conséquent notre Humanité, et de vibrer continuellement en fonction de ce qui s’y passe, tel un téléphone -ou un sextoy- complètement déréglé. 

Et ça, apparemment, c’est (lire avant l’accent allemand) EIN GROSSE MALADIE! 

Les symptômes: 

Je ne sais pas vous, mais avec le recul, il me semble que j’ai toujours eu ça quelque part en moi, comme un bon vieil herpès (labial) qui ne s’est pas encore manifesté, mais qui t’attend au tournant pour te cueillir par surprise pile poil au moment opportun: entretien d’embauche, week-end en amoureux, rdv chez le dentiste… D’ailleurs, je reconnais même m’être un peu négligée en faisant fi des signes avant-coureurs: une vilaine tendance à donner la pièce aux sans-abris, à caresser des chatons errants, à me la jouer Che Guevara lorsque j’étais déléguée de classe, et même à écrire des grossièretés au dos de ma calculatrice Casio FX 82C telles que Peace and Love, Simone Veil Forever, Kévin je t’♥,  DTC Sadam et Gomore (oui, je sais, c’est « Gomorrhe », mais je l’ignorais à l’époque) …

Puis, inéluctablement, les symptômes se sont accrus dès mon entrée dans l’âge adulte, pour se fondre en moi et ne plus jamais me quitter, sauf durant les deux -ou trois- années qui ont suivi la naissance de mon enfant, années de zombitude et de néant culturel où je pensais que les mots « périmètre » et « périnée » faisaient partie de la même famille.

Mais à part cela, je suis au regret de reconnaître que je présente désormais, et en théorie, TOUS les symptômes de la maladie:

  • Dégoût d’un système has been qui prend aux plus modestes pour donner aux banquiers
  • Espoir d’un monde meilleur issu d’une prise de conscience collective
  • Émotion extrême face à la souffrance des peuples opprimés/en guerre/dénutris
  • Recherche d’informations autres que la télévision (journaux/sites indépendants…)
  • Boycott des produits alimentaires visuellement funky donc bourrés de trucs dangereux  (–> lecture attentive des étiquettes)

En pratique, lorsque je suis invitée à des soirées, je me retrouve toujours en bonne place dans des débats soit vertueux, soit houleux, en fonction de la distance qui me sépare du bar. Aussi, lorsque je suis censée me détendre dans un bain chaud, la vue de mon savon d’Alep me renvoie l’image d’une ville en ruines. Quand je me rends à une expo, je ne puis m’empêcher de m’émouvoir devant l’engagement d’un artiste. Quand je me mets au vert et que le silence orquestral sublime le chant d’un seul zozio, je repense aux cacophonies célestes que j’ai eu la chance d’entendre lorsque j’étais enfant, et aux nuages de papillons qui ont frôlé ma blonde tête. Je me dis alors que l’écologie est l’avenir de l’Homme, et hop, ça repart en boucle dans mon esprit torturé…

« Mais tu ne déconnectes jamais, c’est pas possible! »

Non! Jamais! Et c’est bien là, le problème! J’ai bien conscience que je ne suis pas normale, qu’est-ce que tu crois?! Tu imagines que je ne rêve pas, moi aussi, de clamer haut et fort « ah nan, moi c’est fini! Je n’écoute plus les informations, c’est trop déprimant! » dans les dîners et autres sauteries?

Pourtant, il me reste encore de l’Espoir. Car à l’heure où j’écris, je m’apprête à tester un traitement de choc qui aurait fait ses preuves, et qui serait capable de terrasser ma tu-es-trop-connectérite en moins de 6 mois de traitement.

 

Le protocole: 

 

Cyril Hanouna,

2 heures par jour voir 3 en cas d’empathie profonde non maîtrisée

Les Anges de la téléréalité

1h30 par jour

Du sexe pour le sexe

comme unique vecteur et tranquilisant social

Publicité

Tous les jours, jusqu’à ce que les slogans soient parfaitement mémorisés

Candy Crush

à chaque mixion ou défécation

Fast food

2 à 3 fois par semaine, réintroduction d’huile de palme dans l’alimentation quotidienne

Régime

sans ajout de culture indigeste (musées, livres, essais, concerts non sponsorisés par une marque de la filiale Monsanto, voyages non all inclusive, cinémas indépendants etc …)

Auto-affirmations

« Quand on veut, on peut »: 3 fois/jour,

« L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt », matin, midi, soir

« Travailler plus pour gagner plus », 10 fois chaque matin

« Faut bien rembourser la dette », 3 fois/jour

« C’est que du bonheur », à chaque fin de phrase

Répondre systématiquement par: « Comme je dis toujours… » en guise de préambule

connected people

 

Pourtant, en plein fantasme de rémission, en plein rêve où je m’observe d’en-haut en train de signer un crédit Sofinco pour me payer une belle voiture rutilante que je vais rembourser à grands coups d’heures sup’ tardives sur le créneau normalement dédié à mes enfants que je ferai garder par une nounou que je paierai avec ce qui ne me restera pas d’heures sup’, une image saugrenue s’interpose: c’est ma calculatrice FX 82C. Je me rappelle un contrôle de maths de 5ème. Je l’avais oubliée chez moi, et cela m’avait décontenancée durant les vingt premières minutes. Pourtant, je me souvins que j’étais bonne en calcul mental, et soudain galvanisée, je vins à bout de ce devoir sur la proportionnalité en un temps moindre que si j’avais été équipée ce jour-là. J’avais tout simplement compensé un déficit.

Aujourd’hui, je suis toujours bonne en calcul mental. Et je sais que si certains n’ont pas assez, c’est parce que d’autres ont trop. Et inversement. Si l’on SURÉAGIT, c’est peut-être -je dis bien peut-être- parce que d’autres ne réagissent plus. Si l’on se retrouve en hyper-sensibilité au Monde, c’est peut-être -et je dis bien peut-être…- parce qu’une grande majorité s’est laissée anesthésier au fil du temps. Pourtant, il suffirait que chaque personne porte un verre d’eau pour éviter que quelques inconscients ne se retrouvent à se trimballer toute une citerne, et cela serait bien plus efficace au demeurant. Personnellement, mon hyper connexion, je la partagerais bien avec la terre entière. Même qu’on seraient tous potes au lieu de se renifler le derrière -sauf affinités- et de se toiser avec méfiance…

Je dédie cette chronique aux quelques relous qui, comme moi, ont le mauvais goût d’avoir trop d’empathie pour les autres (même envers des gens qui vivent très trèèèès loin de nous, t’imagines le truc…), et de SURÉAGIR sur l’actualité presque comme s’il était question de leur propre personne, et comme si leur opinion allait changer la face du Monde 😉 Et je dédie aussi cette chronique à ceux qui les apprécient 😉

Parce qu’il vaut mieux en rire qu’en mourir…

 

 

Estelle Bee.