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Le mentor d’Emmanuel Macron serait Nabilla Benattias

Nabilla, maître à penser de Macron

Depuis quelques semaines, cette surenchère de petites phrases macroniennes d’une intelligence rare nous mettait la puce à l’oreille. Et outre le fait que nous avions bien saisi que Monsieur Macron est de très loin, THE président de la France qui n’aime pas du tout les français, les allégations allaient tout de même bon train:  Que cherche-t-il, au juste? Ambitionne-t-il d’aller au clash pour justifier une violente répression future? Prend-il un plaisir frénétique à insulter les classes populaires et moyennes qui tentent de défendre leur steak haché Lidl – enseigne « préférée des français » selon la pub (No comment…)  – face aux privilèges des fins gourmets? Ou est-il simplement un peu con immature, finalement?

Mais voilà, la dernière prouesse de Jupiter à propos de la jalousie des français, bien trop grossière et puérile, frôle résolument le plagiat de la citation originelle  » T’es dans ta jalousie, chuis dans mon jacuzzi… » et fait éclater une vérité finalement bien prévisible:

 

LE MENTOR D’EMMANUEL MACRON SERAIT NABILLA BENATTIAS. 

 

Nabilla tout court, quoi! Nabilla, la classieuse, Nabilla l’impertinente, Nabilla la passionaria, bien plus connue pour ses buzz lascifs que pour sa grande connaissance de la Pléiade. Et surtout, Nabilla, pur produit calibré d’un Star System où le gagnant prend tout, mais ABSOLUMENT TOUT. Créature hybride d’une mécanique où décence et indécence se confondent, de façon à rendre opaque la vulgarité et admirable la bêtise, de laquelle, bien entendu, on s’enorgueillit jusqu’à la RENDRE ENVIABLE auprès de l’instinct collectif des couches populaires, en recherche de valeurs et d’auto-estime. Nabilla, révélatrice d’un monde où la laideur de l’intention, où la vénalité, où l’avidité la plus pornographique se mesurent à leur résultat « glamour ». Nabilla, dont les maximes, juxtaposées à celle de notre président, démontrent bien, sur le fond, qu’elle n’est rien de moins que son maître à penser, son Socrate, son Maître Pangloss rien qu’à lui. Mais comparons plutôt:

 

De l’échelle des valeurs: 

« Vous n’allez pas me faire peur avec votre Tee-shirt. La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler. »

N’entendez-vous pas :

« Allo, t’es une fille et t’as pas d’shampoing, nan mais allo quoi! »

ou encore:

« Chuis une serviette, c’est un torchon, la fille…! »

 

 

De la différenciation sociale:

Il y a une majorité de femmes, qui sont pour beaucoup illettrées

VS

Aucun swag, les baleines

 

De la coexistence subie:

« Une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien »

VS

Je ne me mélange pas, les aigles ne volent pas avec les pigeons

 

De la prise en compte de la pensée d’autrui:

 

Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas

 

La citation originelle, un peu plus complexe tout de même:

 

Quand on est belle, on reste trop concentrée sur ses extensions, ses produits, ses ongles, pour avoir le temps de penser à autre chose. C’est le privilège des moches, elles n’ont que ça à faire!

 

De la vision des gargantuesques écarts de richesses en France:

Je ne cèderai pas au triste réflexe de jalousie française

THE phrase originelle:

T’es dans ta jalousie, chuis dans mon jacuzzi, quoi!

 

De la notion de RÉUSSITE SOCIALE:

Bien avant Macron, Nabilla déclarait, hautement clairvoyante:

je trouve ça triste pour un président de ne pas avoir de buzz. Heu, je sais pas, faudrait qu’il fasse un truc, je sais pas, une Sex tape, un truc marrant, quoi…

VS

L’économie du Net est une économie de superstars. Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires.

 

En conclusion, celui qui a également déclaré qu’il ne cédera rien « ni aux fainéants, ni aux cyniques » n’a pas à se glorifier de son grand travail discursif. On a beau savoir que derrière chaque grand homme oeuvre une femme, il n’est guère étonnant de s’apercevoir que derrière chaque petit homme se cache une inénarrable cruche. Tous deux ont cela de commun qu’ils croient dur comme fiel que l’adoubement est une fin en soi, profitant à l’envi d’une France en perte de repères dont on stimule sans cesse l’instinctif afin de contrer toute réflexion, tout discernement, et toute révolte. 

 

Et si l’on s’indignait?

 

Estelle Bee.

Loi travail: les dialogues (sociaux) du vagin

 


 dialogues (sociaux) du vagin

Aujourd’hui, des spasmes bien familiers s’insinuent dans le bas de mon ventre. La douleur, diffuse, se fait parfois plus précise juste là, au creux de mes reins, et mes jambes qui semblent gonflées à l’hélium, crient à l’aide sous les coutures tranchantes de mon petit jean. Oui, je suis une femme. Je me dis que j’ai de la chance, parce qu’aujourd’hui, on est samedi, et que je peux m’allonger tranquille sur mon sofa, parce que lundi, ces tiraillements  auront laissé place une délivrance certaine au prix d’une logistique féminine obligatoire. Oui, je suis une femme qui travaille. Et qui saigne au travail.

 

Et justement…

 

On nous bassine depuis quelques semaines avec la Loi Travail, vous savez, cette formidable avancée sociale qui permettra d’en finir avec les 35 heures pour repasser à 39, et de partir à la retraite à 67 ans dans le seul but de… créer de nouveaux emplois! Ah oui, parce que j’ai oublié de vous dire, la Loi Travail va permettre de créer des emplois, si, si. Même que Pierrot, enfin, Pierre Gattaz, éminemment soucieux du sort de la France d’en-bas l’a dit:

 

Si les patrons n’embauchent pas, c’est qu’ils ont une peur phobique de licencier.

 

Certains experts du sommeil auraient même affirmé que cette ignoble phobie réveillerait des Vincent Bolloré, des Xavier Niel, des Patrick Drahi (…) chaque nuit en sursauts et en larmes, après que dans un épouvantable cauchemar, ils se verraient contraints, une kalashnikov pointée sur la tempe et dans un bain de sang intérieur, de licencier un pré-senior, un délégué syndical ou une jeune maman en dépression post-partum. L’horreur, quoi!

 

Et de ce fait, ladite avancée sociale permettra donc, je cite, de « libérer le travail » en « facilitant les licenciements ». Vous suivez? D’ailleurs, aujourd’hui, on ne parle plus de licenciement, on emploie l’expression dialogue social. Comme on dirait je suis indisposée parce qu’avancer j’ai mes règles, ça fait sale.

 

Alors, j’ai oublié de vous dire autre chose, c’est qu’en plus d’être une femme qui saigne au travail, je suis aussi -et pardon d’avance pour le pléonasme- une femme qui réfléchit. Oui, une chieuse, c’est ça… Et comme d’habitude, quand je réfléchis en plein syndrome prémenstruel, j’entrevois souvent le pire côté des choses. Oui, car comme 75 % des femmes, je deviens sacrément gothique 5 jours par mois. Et c’est pourquoi j’ai grand besoin, comme 90 % des personnes détentrices d’un vagin, de partager la crainte qui m’habite:

 

Quand mes douleurs d’aujourd’hui tomberont un jour de semaine, et que ma productivité en sera forcément amoindrie, serai-je plus susceptible de « libérer le travail » que mon collègue Jean-Bernard, surtout si elles deviennent à ce point insupportables que je me retrouve obligée de rentrer me terrer chez moi, une bouillotte sur le ventre ?

 

Si je suis une femme qui décide d’enfanter, et que je ne souhaite pas regagner mon poste, façon Rachida Dati, tout juste mon placenta expulsé, serai-je plus soumise au « dialogue social » que Roger?

 

Si mon enfant fait de la fièvre, et que je suis contrainte de rester à son chevet, comme le font 68 % de femmes contre 32 % d’hommes -rapport certainement du à l’inégalité salariale de 24 % et des obligations que cette dernière sous-tend insidieusement- ai-je plus de risques de me retrouver dans les rêves prémonitoires de mon patron phobique du licenciement que mon binôme Gérard?

 

Et qu’en est-il si j’ai une infection urinaire, un kyste à retirer sur l’ovaire gauche, ou sur le sein droit, un putain de nodule sur la thyroïde, ou pire encore, un deuxième enfant?????

 

Alors oui, la Loi Travail prévoit que je sois indemnisée en cas de licenciement accidentel. Tu sais, l’accident bête. Le truc con où le patron phobique fait accidentellement rédiger une lettre à sa secrétaire me demandant de « libérer le travail » à compter d’avant-hier. La fatalité, quoi. L’inconsolable patron devra me verser en Prudhommes, l’amende colossale de 5 mois de salaire si j’ai travaillé 5 ans dans la boîte. Somme qu’il aura capitalisée avant en tant qu' »indemnité de licenciement » et qui sera pour lui aussi net d’impôts qu’un compte au Panama. Alors? Merci qui?

 

Mais qu’aurais-je fait pour mériter ça? Tout et rien à la fois. J’aurais juste perdu à la loterie de la reproduction/ de l’Amour/ de la baise, et je serai, pour le simple fait d’être une femme, condamnée à accentuer l’hémorragie qui vide lentement la société de tout son sens.

 

J’invite toutes les femmes et ceux qui les aiment à prendre conscience de cette régression sociale qui va faire très mal si nous ne faisons rien.

 

Pour ma part, je trimballerai mes ovaires et tout ce qui va avec dans la rue les 12 et 23 septembre prochains pour refuser toute forme d’esclavage moderne, et chaque jour s’il le faut. On s’en fout, on mangera des pâtes, les gosses adorent ça. Et en plus, ça tient chaud au ventre 😉

 

Indignons-nous, existons!

 

 

Estelle Bee.

 

PS: Et le premier qui me soutient que cette chronique a été rédigée sous le joug des hormones, je lui colle mon poing dans la figure!

Faut-il TOUT essayer? Vraiment…?

Fin de feuilleton électoral bien prévisible. Clap de fin également sur les débats qui auront entaché quelques gigots-flageolets du dimanche chez Mamie, qui auront sèchement éclaboussé quelques apéros entre amis, souillé quelques cousinades, érigé des cloisons râpeuses dans les salles de pause, enflammé ou glacé l’atmosphayyyre.

 

Et s’il y a une chose que je retiens aujourd’hui de cette élection de mon pays, cette Grande Patrie des droits de l’Homme et du Citoyen, le berceau d’Emile Zola, de Balzac, de Victor Hugode Patrick Sébastien, c’est sans nul doute ce si noble et lancinant argument électoral:

 

« On n’a jamais essayé, alors pourcouaaa pas…? On verra bien…! »

 

Heu.. D’accord. Admettons… Mais depuis, je ne cesse de me demander si je ne suis pas en train de rater ma vie à force d’éviter d’essayer certaines choses, car si je suis la logique de l’électorat de En Marche, tout dans l’existence ne serait qu’Ex-pé-rien-ce.

 

Alors, au final, comment donc distinguer l’Expérience du réel Danger? Et faut-il tout, mais VRAIMENT TOUT essayer???

 

Je ne suis pourtant pas du genre froussarde. À l’âge de 6 ans, j’ai tenté de faire pipi debout. À 8 ans, j’ai dévalé un toboggan de bois rempli d’échardes qui a transformé mon postérieur et une partie de mon intimité en carpaccio de boeuf. À 14 ans, j’ai conseillé à ma prof d’anglais de consommer des carottes, car ça rend aimable. À 16 ans, j’ai essayé de manger des croquettes pour chat qui m’ont coûté 6 tubes de dentifrice. À 2o ans, j’ai fréquenté le Club Pyramides de ma ville de province, et à 23 ans, je me suis resservie trois fois de la paella avant de faire un tour de Grand Huit…

Mais un jour, un ami fort hétéro, fan de Jackass, m’a confié qu’il avait eu une relation sexuelle avec un homme, juste pour essayer, et ne pas mourir idiot. Comme l’expérience tournait à l’épouvante pour lui, il m’a avoué que tout l’acte durant, il avait fermé les yeux et tenté d’imaginer que son partenaire était … une femme! Et j’avoue, pour le coup, ne pas avoir en avoir vraiment saisi l’intérêt… Pourtant, aujourd’hui, je me dis que peut-être, les français qui ont glissé un bulletin En Marche dans l’enveloppe bleue ont sûrement procédé de la même façon. Les yeux fermés, le séant contracté, en imaginant que le jeune banquier frais émoulu qui allait faire les poches aux plus fragiles était en réalité Coluche, Robin des Bois ou Jonathan Hart (Oh-oh-oh)  . Mais cela s’appellerait plutôt du « déni ». Alors, revenons à l’Expérience.

 

J’ai lu quelque part que l’expérience dès la toute petite enfance était un concept cher aux Apaches et aux Sioux. Car en effet, lorsqu’un enfant encore quadrupède s’approche du tison, on le laisse se brûler, pour qu’il comprenne son erreur par lui-même, quitte à en être marqué à vie. Et quand il se saisit de quelque objet contondant, l’idée qu’il se coupe revêt une importance moindre que le bénéfice de l’Expérience qu’il aura acquise. Et que plus grande en est la Douleur, plus Grand en sera l’Enseignement. Et c’est ce qui me fait penser aujourd’hui que nous, français, allons ÉNORMÉMENT « APPRENDRE » sous la présidence Macron…!

 

Suis-je donc passée à côté de mon apprentissage de la vie, ce soir d’hiver glacial où je rejoignais ma cité U, lorsque j’ai  décliné l’offre de cet automobiliste qui me proposait de photographier mes seins contre 50 euros en espèce?

 

Ai-je donc raté quelque chose en choisissant de me taper 8 kilomètres à pied pour rentrer chez moi à 5 heures du matin après une classieuse soirée mousse plutôt qu’avec un binôme d’alcooliques véhiculé?

 

Et que puis-je moi aussi ESSAYER pour me rattraper, en bonne française que je suis?

 

Me faire cautériser les deux narines?

M’épiler le maillot avec du goudron brûlant?

Manger du rat mort au petit déjeuner en imaginant que c’est un pain au raisin?

Me coller les paupières à la glue quand j’ai une insomnie?

Accepter enfin de boire un café avec mon voisin raciste?

Scier les phalanges de mes orteils trop longs?

Avaler des tessons de bouteille?

Porter des sous-vêtements en paille de fer?

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J’attends vos suggestions… Et en attendant, bonne expérimentation!!!

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Parce qu’il vaut mieux en rire qu’en mourir… (enfin, je crois …)

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Estelle Bee.

Il drogue Nicolas Hulot, et lui fait du chantage (?)

Sarkozy l’a dragué. Hollande lui a caressé l’échine. Hamon serait descendu un poil plus bas. Mélenchon, avec son programme basé sur la transition écologique, lui a soutiré des éloges sans pour autant obtenir son engagement dans la France Insoumise. Et, contre toute attente,  Macron l’a fait!

Voir entrer Nicolas Hulot dans un gouvernement libéral éhonté, c’est un peu comme découvrir un éléphant rose portant un jean slim taille 36 dans son T2. Légèrement heu… surprenant.

Mais vous qui en avez conclu, à la hâte, que Macron est un génie du commerce qui pourrait convaincre une daurade royale de faire du porte à porte pour vendre des hameçons, vous êtes, en réalité, bien loin du fin mot de l’histoire.

 

Il se murmure en effet que Nicolas Hulot serait en fait victime d’un chantage sans précédent.

 

Tout aurait commencé à l’entre-deux tours. Emmanuel Macron aurait donc convié Monsieur Hulot dans le restaurant parisien Dans le noir, afin de tenter de témoigner à son convive son aveugle admiration pour l’ensemble de son oeuvre. Heurté de plein fouet par le désintéressement du pugnace écologiste, Macron, armé de lunettes infrarouges, aurait donc décidé de déclencher le plan Orsec:

Au moment du dessert, il aurait subtilisé son fondant au maté vegan, et l’aurait remplacé discrètement par un énorme muffin bourré de 250 grammes de la plus pure hawaïenne. Vingt minutes plus tard, Gilbert B, un client qui prenait sa pause cigarette devant l’entrée du restaurant, aurait entendu Monsieur Hulot confier à Emmanuel Macron qu’il décelait en lui « le petit lémurien orphelin qu’il avait été dans une vie antérieure », et qu’il passerait « le reste de son existence à le venger des méchants braconniers qui avaient emporté ses parents loin de leur île natale, dans un zoo de la périphérie de Bucarest ». Les deux compères auraient alors fait un pacte de sang à l’aide du couteau suisse de Nico, avant de s’enlacer fraternellement. « Ils paressaient tous deux très émus », ajoute Gilbert. Monsieur Hulot aurait ensuite annoncé « qu’est-ce que je suis content! » avant de vomir généreusement sur son pantalon Quechua beige de la collection printemps-Été 2009. « Il faut dire que dans ce restaurant, les portions sont généreuses! Je vais d’ailleurs lui mettre 4 étoiles dans Trip Advisor! », conclut Gilbert.

 

Selon d’autres sources partiellement aléatoires, l’ex futur président et le militant écologiste auraient fini la soirée dans la forêt de Giverny, où Nicolas Hulot se serait baigné nu parmi les nymphéas, avant de tenter de se sécher en se frottant avec force conviction contre l’écorce d’un saule pleureur centenaire. Alerté par des flashes incessants d’appareil photo, le garde-forestier aurait alors accouru, apercevant, au loin, un homme à la raie sur le côté vêtu d’un costume sombre qui s’enfuyait en vociférant « Parce que c’est notre PROJEEEEEEEET! ». Il aurait alors retrouvé « un gars ressemblant étrangement à Monsieur Nicolas Hulot » à plat ventre sur un sol recouvert de lichen. Ce dernier lui aurait confié, au bord des larmes, sa frustration de ne pas avoir pu « féconder la terre, à cause d’un repas bien trop arrosé ».  Professionnel, le garde-forestier aurait alors appelé un taxi afin que « l’homme à la coupe au bol » puisse rentrer chez lui en toute sécurité.

 

Deux semaines plus tard, Nicolas Hulot, qui avait par le passé fermement condamné la politique libérale d’Emmanuel Macron, faisait une entrée inattendue à Matignon. Chantage photographique? Simple coïncidence? Le doute plane encore…

 

 

Parce qu’il vaut mieux en rire qu’en mourir,

 

 

Estelle Bee.

Impostures et abstentions: le Grand Cirque de la vie

Faire des enfants, aller voter

TOUS POURRIS. Cela fait dix ans que ces deux mots s’échappent de toutes les bouches comme une écume amère qui altérerait le goût des choses, et qu’il faudrait recracher bien vite pour se sentir mieux. Pour s’extraire d’un contexte inconfortable, anxiogène. Dire TOUS POURRIS, de la même façon que l’on ne verrait plus que les défauts de ce sale con ou cette chieuse que l’on a chéri naguère plus que notre propre personne, et que l’on a renoncé à écouter vraiment, à force de conclusions tirées sur le socle de la colère. Quand on dit TOUS POURRIS, on abandonne. Et a priori, ce n’est pas grave, d’abandonner. Ça peut même sauver, parfois.

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MAIS…

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Mais dans ce contexte électoral qui m’apparait comme un possible tournant historique, j’avoue que j’en tremble. Et ce qui me fait si peur, ce n’est pas que les gens pensent – plus à raison qu’à tort, d’ailleurs- que nos politiques sont tous des guignols motivés par une ambition personnelle quasi freudienne. Ce qui m’angoisse, c’est que d’autres, pourtant minoritaires en nombre réel, se réjouissent, eux, d’aller glisser leur bulletin pestilentiel dans l’urne comme des sadiques syphilitiques qui prendraient plaisir à refiler leur saloperie au reste du pays. Ce qui me terrifie, c’est qu’en faisant cela, ils donneront raison à toute cette majorité silencieuse, celle qui scande TOUS POURRIS.

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Parce qu’en réalité, je les comprends, ces gens. Je comprends l’usure de leur pensée. Je comprends leurs préoccupations quotidiennes. Je comprends leur déprime. Et j’en arrive même à comprendre leur déni. Et c’est justement parce qu’ils sont silencieux, parce que pour rien au monde, ils ne rateraient une journée à la plage ou le gigot-flageolets de mamie pour aller voter pour des gugusses à cravate que les pourris nous envahissent. Il me semble aujourd’hui urgent que les silencieux comprennent qu’ils sont importants. Vraiment importants. Qu’en ciblant vraiment leur amertume sur ce qui les a rendus amers, désabusés, ils pourraient vraiment changer la donne. Car au fond, savoir ce que l’on ne veut plus, c’est avoir conscience de ce que l’on veut. Suffit juste de lire quelques programmes, et de ne pas oublier qui l’on est.

 

Cette constatation m’a amenée à penser que bien souvent, et dans d’innombrables domaines, les gens qui s’abstiennent, n’osent pas, s’interdisent ou se taisent sont justement ceux qui devraient s’exprimer. Les inaudibles, les timides, les modestes, les complexés constituent bien souvent la partie la plus pure de l’Humanité. Mais alors, réciproquement, ceux qui font du bruit seraient-ils des imposteurs? Ceux qui exultent ne devraient donc pas juste… s’abstenir?

 

Paul Watson, le fondateur de Sea Shepherd, a dit récemment que les êtres humains devraient à ce jour s’abstenir de faire des enfants, à cause du manque de ressources alimentaires à l’échelle planétaire. Puis il a ajouté que l’ironie de cela était que ce sont justement ceux qui ont conscience de la nécessité de ne plus enfanter qui devraient faire le plus d’enfants, compte tenu de cette sensibilité au Monde qu’ils étaient les plus à même de transmettre. Le constat, bien que plombant, est imparable. En témoignent les images de milliers d’enfants errants de New Delhi, et de petits corps squelettiques des plaines arides du Soudan.

 

À la radio, j’entends souvent des chanteurs à la médiocrité aussi râpeuse qu’un rosé de pays languedocien, qui en font des tonnes et récoltent des lauriers qui leurs siéent aussi bien qu’un dentier à une poule. Alors que je connais de vrais musiciens touchés par la grâce et qui n’en demandent pas tant, ou n’osent pas, juste parce qu’ils ne s’y voient pas vraiment déjà. Et même si ce sont eux que j’aimerais entendre en boucle, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils sont justement meilleurs parce que leur art ne se voit pas pollué par une avidité qui sonnerait le glas de leur créativité originelle. Devenir quelqu’un, est-ce se perdre soi?

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Je me suis toujours demandé ce que devenait l’amour après l’amour, mais qu’en est-il des rêves, des ambitions, des idéaux ? Ont-ils une vie après la retenue, la lâcheté, après l’abandon ? Se réincarnent-ils ? Vont-ils se nicher au creux de quelqu’un de neuf, plusieurs fois, jusqu’à ce qu’ils trouvent preneur, une personne qui saura les matérialiser sans crainte ? Les gens publiquement reconnus de nos jours, sont-ils donc, pour leur plus grande majorité, des imposteurs qui auraient pris la place des silencieux? Quand on y pense, l’ordre entier du Monde pourrait être remis en question…

 

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On peut donc légitimement se demander s’il est vraiment sain de donner le pouvoir à quelqu’un qui le demande, parce qu’il y a neuf chances sur dix pour que le candidat désire gouverner pour de mauvaises raisons. Parce qu’il a une revanche à prendre sur la vie. Parce qu’il souhaite connaître le vertige de celui qui ne peut pas grimper plus haut… Parce qu’il ambitionne d’être quelqu’un. Neuf chances sur dix est une forte probabilité. Ne pas faire entendre sa voix, c’est la certitude de ne pas être écouté. Et respecté. Votez!

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Yes we can, yes YOU can!

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Estelle Bee.

 

 

 

 

 

TOO CONNECTED PEOPLE

Tu es trop connectée. Et val! Le diagnostic est tombéTU-ES-TROP-CONNECTÉE!

 

ET VLAN!

LE diagnostic est tombé.

Et malgré son immense relativité, je souhaiterais parler aujourd’hui de cette maladie orpheline dont je souffre à priori d’après des sources très proches:

La tu-es-trop-connectérite aiguë .

 

Definition: 

La « tu-es-trop-connectérite aiguë », c’est, en d’autres termes moins savants « l’hyper-connexion au Monde ». Rien à voir avec la geek attitude, car moi, je suis tout juste fichue d’envoyer un mail et de consulter ma page Facebook. Donc, comme dirait BFM, pas d’amalgames, hein!

Mon problème à moi serait donc d’être trop sensible aux grandes questions qui touchent notre planète et par conséquent notre Humanité, et de vibrer continuellement en fonction de ce qui s’y passe, tel un téléphone -ou un sextoy- complètement déréglé. 

Et ça, apparemment, c’est (lire avant l’accent allemand) EIN GROSSE MALADIE! 

Les symptômes: 

Je ne sais pas vous, mais avec le recul, il me semble que j’ai toujours eu ça quelque part en moi, comme un bon vieil herpès (labial) qui ne s’est pas encore manifesté, mais qui t’attend au tournant pour te cueillir par surprise pile poil au moment opportun: entretien d’embauche, week-end en amoureux, rdv chez le dentiste… D’ailleurs, je reconnais même m’être un peu négligée en faisant fi des signes avant-coureurs: une vilaine tendance à donner la pièce aux sans-abris, à caresser des chatons errants, à me la jouer Che Guevara lorsque j’étais déléguée de classe, et même à écrire des grossièretés au dos de ma calculatrice Casio FX 82C telles que Peace and Love, Simone Veil Forever, Kévin je t’♥,  DTC Sadam et Gomore (oui, je sais, c’est « Gomorrhe », mais je l’ignorais à l’époque) …

Puis, inéluctablement, les symptômes se sont accrus dès mon entrée dans l’âge adulte, pour se fondre en moi et ne plus jamais me quitter, sauf durant les deux -ou trois- années qui ont suivi la naissance de mon enfant, années de zombitude et de néant culturel où je pensais que les mots « périmètre » et « périnée » faisaient partie de la même famille.

Mais à part cela, je suis au regret de reconnaître que je présente désormais, et en théorie, TOUS les symptômes de la maladie:

  • Dégoût d’un système has been qui prend aux plus modestes pour donner aux banquiers
  • Espoir d’un monde meilleur issu d’une prise de conscience collective
  • Émotion extrême face à la souffrance des peuples opprimés/en guerre/dénutris
  • Recherche d’informations autres que la télévision (journaux/sites indépendants…)
  • Boycott des produits alimentaires visuellement funky donc bourrés de trucs dangereux  (–> lecture attentive des étiquettes)

En pratique, lorsque je suis invitée à des soirées, je me retrouve toujours en bonne place dans des débats soit vertueux, soit houleux, en fonction de la distance qui me sépare du bar. Aussi, lorsque je suis censée me détendre dans un bain chaud, la vue de mon savon d’Alep me renvoie l’image d’une ville en ruines. Quand je me rends à une expo, je ne puis m’empêcher de m’émouvoir devant l’engagement d’un artiste. Quand je me mets au vert et que le silence orquestral sublime le chant d’un seul zozio, je repense aux cacophonies célestes que j’ai eu la chance d’entendre lorsque j’étais enfant, et aux nuages de papillons qui ont frôlé ma blonde tête. Je me dis alors que l’écologie est l’avenir de l’Homme, et hop, ça repart en boucle dans mon esprit torturé…

« Mais tu ne déconnectes jamais, c’est pas possible! »

Non! Jamais! Et c’est bien là, le problème! J’ai bien conscience que je ne suis pas normale, qu’est-ce que tu crois?! Tu imagines que je ne rêve pas, moi aussi, de clamer haut et fort « ah nan, moi c’est fini! Je n’écoute plus les informations, c’est trop déprimant! » dans les dîners et autres sauteries?

Pourtant, il me reste encore de l’Espoir. Car à l’heure où j’écris, je m’apprête à tester un traitement de choc qui aurait fait ses preuves, et qui serait capable de terrasser ma tu-es-trop-connectérite en moins de 6 mois de traitement.

 

Le protocole: 

 

Cyril Hanouna,

2 heures par jour voir 3 en cas d’empathie profonde non maîtrisée

Les Anges de la téléréalité

1h30 par jour

Du sexe pour le sexe

comme unique vecteur et tranquilisant social

Publicité

Tous les jours, jusqu’à ce que les slogans soient parfaitement mémorisés

Candy Crush

à chaque mixion ou défécation

Fast food

2 à 3 fois par semaine, réintroduction d’huile de palme dans l’alimentation quotidienne

Régime

sans ajout de culture indigeste (musées, livres, essais, concerts non sponsorisés par une marque de la filiale Monsanto, voyages non all inclusive, cinémas indépendants etc …)

Auto-affirmations

« Quand on veut, on peut »: 3 fois/jour,

« L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt », matin, midi, soir

« Travailler plus pour gagner plus », 10 fois chaque matin

« Faut bien rembourser la dette », 3 fois/jour

« C’est que du bonheur », à chaque fin de phrase

Répondre systématiquement par: « Comme je dis toujours… » en guise de préambule

connected people

 

Pourtant, en plein fantasme de rémission, en plein rêve où je m’observe d’en-haut en train de signer un crédit Sofinco pour me payer une belle voiture rutilante que je vais rembourser à grands coups d’heures sup’ tardives sur le créneau normalement dédié à mes enfants que je ferai garder par une nounou que je paierai avec ce qui ne me restera pas d’heures sup’, une image saugrenue s’interpose: c’est ma calculatrice FX 82C. Je me rappelle un contrôle de maths de 5ème. Je l’avais oubliée chez moi, et cela m’avait décontenancée durant les vingt premières minutes. Pourtant, je me souvins que j’étais bonne en calcul mental, et soudain galvanisée, je vins à bout de ce devoir sur la proportionnalité en un temps moindre que si j’avais été équipée ce jour-là. J’avais tout simplement compensé un déficit.

Aujourd’hui, je suis toujours bonne en calcul mental. Et je sais que si certains n’ont pas assez, c’est parce que d’autres ont trop. Et inversement. Si l’on SURÉAGIT, c’est peut-être -je dis bien peut-être- parce que d’autres ne réagissent plus. Si l’on se retrouve en hyper-sensibilité au Monde, c’est peut-être -et je dis bien peut-être…- parce qu’une grande majorité s’est laissée anesthésier au fil du temps. Pourtant, il suffirait que chaque personne porte un verre d’eau pour éviter que quelques inconscients ne se retrouvent à se trimballer toute une citerne, et cela serait bien plus efficace au demeurant. Personnellement, mon hyper connexion, je la partagerais bien avec la terre entière. Même qu’on seraient tous potes au lieu de se renifler le derrière -sauf affinités- et de se toiser avec méfiance…

Je dédie cette chronique aux quelques relous qui, comme moi, ont le mauvais goût d’avoir trop d’empathie pour les autres (même envers des gens qui vivent très trèèèès loin de nous, t’imagines le truc…), et de SURÉAGIR sur l’actualité presque comme s’il était question de leur propre personne, et comme si leur opinion allait changer la face du Monde 😉 Et je dédie aussi cette chronique à ceux qui les apprécient 😉

Parce qu’il vaut mieux en rire qu’en mourir…

 

 

Estelle Bee.

 

Une ambition intime: l’émission-vaseline de l’année

une-ambition-intime-nounours et cadavres dans les placards

Vous les avez aimés dans le rôle de politiciens magouilleurs, d’élus inconscients et nennontquefoutre des réalités des vrais gens, de planqués et retraités à vie d’un mandat qu’ils ont allègrement foiré, de hauts fonctionnaires anti-chômeurs, anti-vieux, anti-musulmans, anti-profs, en T-shirt et anti-T-shirts….? Alors, vous les adorerez dans le rôle de mignons bébés phoques immaculés dans Une ambition intime sur M6.

Le concept: la peopolisation des politiques qui ont pour dessein de diriger le pays demain.

D’emblée, la mise en scène donne le vertige. Appart’ cosy ou hôtel particulier avec jardin, on ne peut que reconnaître que Karine Lemarchand SAIT recevoir. D’ailleurs, M6 s’est donné la peine de nous faire découvrir avec un réalisme sans pareil l’envers du décor avant l’arrivée du candidat, nous dévoilant ainsi tous les atours de la présentatrice-vedette, sorte de Brie Van De Kamp, madone et putain à la française. Selon le politique à choyer,  le préambule diffère quelque peu. Car Karine est une nana like us: elle est la maîtresse de maison qui s’affaire à couper du sauciflard avant de s’acheminer vers le douillet salon munie d’un plateau qu’elle a elle-même garni de ses petites mimines, et elle est la coquine qui allume délicatement une bougie parfumée et verse un breuvage tannique dans de jolis verres à pied, avant de s’alanguir sur le sofa, complètement raccord avec la musique d’ambiance, une reprise humide et haletante de Believe de Cher.

le décor: potasseriez à la française

S’attend-t-on, à ce stade, à ne serait-ce qu’un minimum d’échange de fluide politique? Clairement NON. Et l’on a raison. Car la politique, sur M6, on s’en carre. Ce qui compte, c’est l’homme. Et le petit coeur tout mou qui bat sous la chemise hors de prix.

Car, pourquoi encourager des électeurs à lire des programmes politiques, lorsqu’on peut les pousser à baser leur choix sur une coiffure, une couleur d’yeux, ou un humour grivois? Pourquoi ennuyer les gens avec des discours soporifiques visant à dissimuler l’intérêt personnel et la misère idéologique, quand, au contraire, on peut émouvoir la ménagère qui, de fait, donnera sa voix au petit enfââââ fragile qui a mal vécu la séparation de ses parents, à l’ancien ado obèse complexé ou à un type souffrant du syndrome du côlon irritable?

 

« Rhôôôô, t’as vu Sarko comment il aime ses gosses??!!!!! « 

« La vache! Qu’est-ce qu’il est sensible, Bruno Lemaire! »

« Ben tu vois, je la trouve courageuse, Marine Le Pen, avec l’enfance tourmentée qu’elle a eue… »

« T’as vu Montebourg quand il a pleuré? Ah j’te jure, j’ai l’ai vraiment découvert, là! »

« En vrai, il est cool Bayrou! T’as vu son Give me five avec Lemarchand? »

« Juppé, c’est vraiment LE type qui rassure, le père de famille idéal, quoi… »

« Rha lala, comment il était chou, Fillon, sur sa photo de classe! »

En conclusion:

À l’instar du collégien effaré de surprendre son prof de maths en train de choisir du papier toilette au supermarché, il semblerait que les téléspectateurs soient totalement fascinés de découvrir que les politiques sont aussi des hommes et des femmes qui font pipi et caca, qui aiment leur famille, qui pleurent parfois, qui disent merde ou bordel (faut bien coller au cadre), et que, pire encore, ils ont même été de mignons petits nenfants, naguère. Mais ATTENTION: cela n’empêchera pas la plupart d’entre eux (Sarko, Macron, Hollande, Fillon, JUPPÉ et ses casseroles en fonte etc) d’avoir pour ambition de vous faire bosser jusqu’à 70 ans, de dérembourser plus encore vos médoc’, de vous faire travailler 45 heures par semaine (= burn out, cancers, divorces…), de faire crever la dalle à tous les retraités, de réduire tous vos acquis sociaux à peau de chagrin au nom d’une dette qu’eux seuls ont choisi de contracter, et de vous persuader que c’est normal, qu’il n’existe aucune autre alternative, mentant encore et encore à tous les gens qui ont permis leur ascension. N’oublions pas qu’un jour, le Gremlin aussi a été un Mogwaï, et que cela ne l’empêchera pas de vous éviscérer pour autant. N’oublions pas non plus que les chaînes de télé sont pour leur majorité détenues par les plus grandes fortunes de France, et que ces fortunes-là sont servies par ces gens-ci 😉

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Contre le « vote utile », les tentatives d’abêtissement des masses, et les lubrifiants médiatiques,

 

Et pour la liberté de conscience,

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INDIGNONS-NOUS!

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Estelle Bee.

 

 

LE BREXIT, ÇA M’EXCITE…

le brexit, ça m'excite...

Voilà, c’est fini. Et apparemment, la nouvelle surprend tout le monde. Est-il donc si extraordinaire qu’un peuple décide pour lui-même, et non pas pour le marché mondial? Est-il si illusoire de penser qu’une des plus grandes puissances du Vieux Monde ne trouve pas ses intérêts et son bonheur individuel à jouer à la gueguerre capitaliste avec le Nouveau Monde et la Chine? Est-il si insensé que des gens comme nous, des étudiants, des bosseurs, des parents, des vies de chair et d’os quoi, puissent exprimer leur sentiment d’être maltraités, d’être asphyxiés par la pression de ce corset aux fils de fer que l’on serre toujours plus pour les astreindre à un régime qui va à l’encontre de leur nature?

Et bien moi, au milieu de ce marasme hypocrite, de ce catastrophisme surjoué façon Sarah Bernard qui vise à diviser en semant la terreur, pour mieux régner, comme toujours, je l’avoue, je l’affirme, me le susurre pour moi-même, et finalement, le régurgite, le clame, le crie, l’exulte:

LE BREXIT, OUIIIIIIIIII, ÇA M’EXCITE!!!!!!!!!

 

Mais ça m’excite à un point, vous ne pouvez imaginer…

Tout d’abord, ça m’excite de googleliser le mot BREXIT et que le premier lien qui me soit présenté soit celui du Figaro qui titre que les bourses s’effondrent désespérément. Que voulez-vous, on ne peut rien contre la loi de la pesanteur. Je me demande même quel bruit ça fait, des bourses qui s’effondrent. Le grincement sourd du Titanic qui sombre? Tiens, faudra que je fasse un crochet par une maison de retraite pour enquêter sur le sujet…

Car ce qui m’excite, voyez-vous, c’est d’imaginer les banquiers, les traders, les courtiers en costard Armani en train de vociférer, suintant comme des taureaux camarguais en pleine manade, les muscles saillants, le bulbe éreinté, afin de rattraper in extremis toutes les bourses dégringolantes qui ne réagissent plus au Viagra libre-échangiste dicté par l’Europe. Je peux percevoir l’excitation engendrée par la peur, stimuli ambigus mêlant Eros et Thanatos dans une ultime étreinte avant la mise à mort. C’est un peu le réflexe physiologique du pendu, le même que celui qui fait rage chez nos agriculteurs que Bruxelles assassine par ses normes absurdes. Pauvres soldats de la City, pions de dirigeants irresponsables, eux qui étaient déjà en burn out, les voilà à présent affublés d’un burnes down. Herk, pas beau à voir.

Burn out burn down

Ce qui m’excite aussi, c’est de m’assoir sur mon canap’, et de mater à la télévision tous ces pauvres clowns tristes de politicards avec leur bouche en cul de poule façon José Garcia imitant Cindy Crawford, qui expectorent de fausses excuses de fraternité visant à écorcher l’affect des téléspectateurs. Bla bla bla les anglais ne nous aiment plus, et bla bla bla, nous sommes tous frères dans cette Europe utopique qui nous unit, sur un air de Hill the world qui ferait bondir Mickaël Jackson hors de son cercueil en alu, alors qu’ils n’en ont rien à carrer de nous depuis le départ. Et ce qui m’excite, c’est de penser que je ne suis pas la seule à leur adresser un majeur tendu, tranquille sur mon sofa, en sirotant une limonade.

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Car ce qui m’excite, c’est de les voir s’enfoncer dans leurs bobards, dans un contexte social qui les confond l’un après l’autre. Mais aujourd’hui, ils persistent et signent à la pointe de leur dernier sursaut de pendu, que l’Europe, telle qu’elle est conçue, est une chance, alors que la Loi du Travail est une demande de Bruxelles qui affecte TOUS les pays européens. Mais depuis des mois, on se garde bien de nous diffuser les images des mouvements contestataires voisins qui pourtant font rage. Dis donc, il a des limites, le libre-échange!!! Au contraire, l’on se régale à manipuler les faits de rue pour faire du pays de Charlie l’état le plus policé, pendant que les polissons éructent que l’on fait la part belle au FN, alors qu’en réalité, ils font TOUT pour se retrouver face à l’extrême droite au deuxième tour, pour être sûrs de gagner façon Chirac.

 

Oui, le Brexit, ça m’excite! La seule idée de mettre des taules en chaîne en déposant mon érotique X de BREXIT sur Lettre compte triple lors de mes futures soirées Scrabble m’émoustillait déjà beaucoup. Mais le fait de m’imaginer tous ces vendus de politiciens perdre leurs cheveux par touffes (sauf Juppé qui en perdra peut-être ses poils d’oreilles) en se disant que merde, ces cons abreuvés de désinformation et de football prennent quand même le chemin des urnes, me donne envie d’aller embrasser l’Angleterre qui a compris qu’on a pourri notre Europe, et qu’elle est juste un prétexte pour jeter un voile terne sur nos libertés et acquis sociaux pour ne faire prospérer que quelques gros poissons.

Le Brexit, ça m’excite tellement que j’ai des envies bizarres et soudaines de me siffler des pintes de Guinness, moi qui ai horreur de la bière, de boulotter des maquereaux à la framboise, de déposer une gerbe sur le pont de l’Alma, bordel!!! De regarder des films mièvres avec Hugh Grant, de faire l’amour dans un cottage, d’adopter un putain de Yorkshire qui aboie tout le temps comme un con, de m’empiffrer de Jelly tremblotante comme les fesses de Kim Kardashian, de boire du Whisky dégueu et de déposer, après tous ces mélanges, un autre type de gerbe au pied du parlement européen en attendant notre référendum à nous, en mai 2017!!! Putain, mais qu’est-ce qui m’arrive???

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dis-moi combien tu m'aimes

Oui le Brexit, ça m’excite, et je t’emmerde!

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Parce qu’ils nous ont volé notre Europe, indignons-nous!!!

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Estelle Bee.