Category Archives: évolution De L’espèce

Sans ogm, sans commentaire, sans pitié

Alors si je comprends bien la situation, les pauvres n’ayant accès qu’au maïs du pauvre, consommeront forcément du génétiquement modifié. Contrairement aux riches qui vivront plus vieux. C’est logique, quitte à vivre une vie misérable, autant qu’elle soit la plus courte possible non ?Me voilà dans le rayon « conserves » de l’hypermarché. Apeurée, chétive, mais oui, je vais le faire. Je vais oser me mettre à la recherche de LA boîte de maïs dont j’ai absolument besoin pour ma recette mexicaine. On est vendredi soir et c’est pour demain, je ne peux plus reculer ma pauvre Josiane… Je m’approche lentement de l’objet de mon désir sans perdre de vue les abominations alimentaires qui font l’actualité.

 

Géant vert VS Nabot Jaune

Face à moi, un mur, un édifice, que dis-je un édifice, une péninsule de boîtes jaunes, contenant toutes à priori la même chose. Cependant, trois catégories me sautent aux yeux tellement elles me rappellent mes cours de quatrième sur les trois ordres : le Clergé, la Noblesse, et le Tiers Etat. A hauteur des yeux – si vous mesurez entre 1 m 45 et 2 m 10 – il n’y en a que pour le Grand verdâtre, Bon Duel et Docile. Si les grandes marques misent sur la docilité du consommateur, ils sont tombés sur un os avec moi. Alors je me baisse, pour me retrouver face au maïs de pays, l’or jaune local, comprendre le produit du grand distributeur, un peu moins cher. Moi toujours pas docile ! De ce fait je m’accroupie, m’arcboute, me démantibule au risque de me démettre les cervicales, et coucou le voilà, le maïs pas cher, le maïs du pauvre.

Il faut savoir que le maïs du pauvre – ou maïs du nain selon l’interprétation qu’on en fait – n’est pas situé à huit centimètres du sol parce que le pauvre est plus petit. Non. Il répond juste à des règles strictement ergonomiques. En effet, le pauvre étant plus voûté que le riche, rapport aux coups durs que lui assène la société et la vie en général, peut bien plus aisément se saisir de sa boîte de maïs à deux francs six sous. On appelle cela de l’altruisme Messieurs Dames. Il faut bien les chouchouter nos gueux bien de chez nous – ou pas, d’ailleurs – !

ogm-guide

Roulette russe

Mais tout à coup, un détail attire mon attention. Je tourne la boîte dans tous les sens, mais je ne vois pas le gros astérisque rouge ou vert qui précise  sans OGM  comme sur les conserves du Grand Verdâtre, Bon Duel ou de Docile ! Alors je passe en revue les petites boîtes de maïs local pour en disséquer les informations. Je me rends compte de leurs perverses contradictions : « maïs génétiquement ou non génétiquement modifié ». Je crois halluciner. SOIT IL EST MODIFIE, SOIT IL NE L’EST PAS, C’EST QUOI CE BORDEL???!!! Je retourne à mon or – à mon toc – du pauvre. Je regrette aussitôt de ne pas avoir l’Application Microscope sur mon téléphone (non en fait j’avoue l’inavouable, je n’ai pas de Smartphone…) Je plisse les yeux, et je sens ma ride du lion se creuser, je me dis à ce moment-là que j’enverrai à l’enseigne ma facture d’injection de Botox. Je finis par déchiffrer sur la première conserve : « maïs génétiquement modifié », sur la deuxième « maïs, sel, conservateurs, eau. » Aucune précision, bien joué ! Quant à la troisième, eh bien RIEN DU TOUT ! Chapeau bas, le silence est la manière de mentir la plus éloquente…

Euthanasie alimentaire

Alors si je comprends bien la situation, les pauvres n’ayant accès qu’au maïs du pauvre, consommeront forcément du génétiquement modifié. Contrairement aux riches qui vivront plus vieux. C’est logique, quitte à vivre une vie misérable, autant qu’elle soit la plus courte possible non ? Et puis, c’est quand même moins cruel de faire tomber quelqu’un d’une hauteur de huit centimètres que d’un mètre quatre-vingt n’est-il pas ? Ne sont-ils pas choux nos industriels de l’agro-alimentaire ? Non seulement ils mettent les choses à notre portée, ils abrègent nos souffrances, et par la même occasion ils nous offrent en bonus des mets inabordables : « Messieurs Mesdames, pour trois boîtes de maïs premier prix achetées, vous remportez un crabe bien vivant ! Et il y en aura pour tout le monde !» Un bon vieux crabe astrologique hum… Une vraie fin de vie de pauvre. Comme dans un bon film de Jean Genet, ou Becker.

En effet, il m’a semblé évident qu’il est essentiel pour notre survie de vivre dans un monde du « sans », car nous ne pouvons plus continuer à faire « avec ». Un monde du « sans OGM », du « sans bisphénol A », du « sans aspartame », du « sans paraben »…

Cette merveilleuse expédition au pays d’Alice au teint blafard sous les néons m’a permis de mieux comprendre notre société actuelle, en tout cas d’en anticiper les déconvenues.

En effet, il m’a semblé évident qu’il est essentiel pour notre survie de vivre dans un monde du  sans , car nous ne pouvons plus continuer à faire  avec . Un monde du  sans OGM , du  sans bisphénol A , du  sans aspartame , du  sans paraben … J’ai repensé à mes grands-parents qui ont longtemps fait  sans  dans l’espoir qu’un jour il feraient  avec . Ils ont longtemps vécu sans télé, sans internet, sans avoir le choix, sans agriculture biologique, sans Ikea, et comble d’infortune, sans Tex, l’animateur! Aujourd’hui c’est l’inverse, les pauvres sont obligés de faire avec sans même caresser le microscopique espoir de pouvoir faire sans un jour.

Triple foyer

J’ai repensé, dans ma tourmente, à un homme qui avait tout fait pour que j’en tombe éperdument amoureuse. Il m’avait totalement transcendée, il avait fait ressortir ce que j’avais de meilleur en moi… Jusqu’à ce qu’il s’évanouisse totalement dans la nature du jour au lendemain, et qu’après enquête j’apprenne qu’il était déjà engagé ailleurs. Après tout, c’est ma faute! Jamais je n’ai pensé à regarder l’étiquette. Il ne m’a pas trahie. Il ne m’a juste jamais précisé « sans épouse » ! Ou bien sa réciproque « je suis célibataire ! ».

J’ai repensé, dans ma tourmente, à un homme qui avait tout fait pour que j’en tombe éperdument amoureuse. Il m’avait totalement transcendée, il avait fait ressortir ce que j’avais de meilleur en moi… Jusqu’à ce qu’il s’évanouisse totalement dans la nature du jour au lendemain, et qu’après enquête j’apprenne qu’il était déjà engagé ailleurs. Après tout, c’est ma faute. Jamais je n’ai pensé à regarder l’étiquette. Il ne m’a pas trahie. Il ne m’a juste jamais précisé « sans épouse » ! Ou bien sa réciproque « je suis célibataire ! ».Même constat pour mon amie Viviane qui s’est retrouvée un beau jour avec un magnifique herpès à l’étage inférieur, et a connu l’humiliation de devoir téléphoner à tous ses ex pour leur demander de faire le test de dépistage afin de prévenir et/ou guérir. Déjà, réalisée à froid, cette comptabilité résonnait en elle comme « tu n’es qu’une espèce de petite catin qui a mérité sa MST ! » en raison du nombre de ses conquêtes. Mais le discours du vil amant retrouvé, conscient de sa maladie à l’époque, et guéri depuis, lui porta l’estocade finale. Le monsieur lui tint à peu près ce discours : Ne t’étonnes pas de ce genre de choses si tu ne protèges pas… Quoi de plus logique? Le jeune homme ne lui a jamais dit qu’il était sain ! Il n’était pas inscrit non plus « sans MST » sur son front. Ou ailleurs. Elle aurait du avoir immédiatement un doute  !

On ne peut plus se fier à personne. On nous ment continuellement par omission. Dirigeants, fonctionnaires, chômeurs, SDF. J’ai arrêté de donner la pièce aux mendiants, puisqu’après tout, ils ne précisent jamais sans emploi  sur leur carton tout sale !

Prochainement je compte m’arrêter de manger définitivement. Là ils se rendront bien compte qu’ils sont tombés sur un os avec moi ! Parce que j’ai passé à la loupe tous les produits alimentaires de tous les distributeurs, de tous les industriels sans exception, et aucun, je dis bien AUCUN ne spécifie « sans arsenic » sur l’emballage. Et moi je suis trop jeune pour mourir. Je veux survivre à tous ces prédateurs de l’alimentaire, et si possible avoir leur peau, avant de laisser reposer mes vieux os six pieds sous terre, sous un épitaphe qui ne comptera que deux mots : Sans rancune !Et moi je suis trop jeune pour mourir. Je veux survivre à tous ces prédateurs de l’alimentaire, et si possible avoir leur peau, avant de laisser reposer mes vieux os six pieds sous terre, sous un épitaphe qui ne comptera que deux mots : Sans rancune !

Estelle Bee.

NB: A l’heure où je publie cet article, le journal Le Monde fait état  d’un nouveau scandale alimentaire selon lequel aux Etats-Unis 33% des étiquetages de poissons  affichent une espèce qui ne correspond pas à la réalité. Hum j’ai hâte de goûter du dauphin moi…!

Et si l’on s’indignait?


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