Les kaïras du seizième

les haïras du seizième ne se nourrissent pas aussi mal que ceux des banlieues

 

L’Etat d’urgence est maintenu en France, et cela n’est finalement pas une si mauvaise nouvelle. Car une espèce de délinquants jusqu’à présent méconnue fait désormais trembler l’hexagone. D’après les divers portraits-robots, le voyou serait de type européen, et porterait des complets impeccablement taillés, des cravates moches, une vilaine raie sur le côté, des chaussettes Burlington et des souliers bien cirés. Son homologue féminine, quant à elle, serait reconnaissable grâce à son sempiternel serre-tête de velours, son étrange phrasé en cul de poule constipée, ses cardigans de cachemire, et ses sacs à main en cuir d’autruche de chez Hermès. Elle fréquenterait régulièrement les salons de thé où elle échangerait sur notre bonne vieille France où tout part à vaux l’eau avec ses super cop’s Ludovine de la Rochère et Frigide Barjot, avant d’aller éructer ses viles pensées dans l’intimité d’un confessionnal duquel elle ressortirait avec le sentiment que son âme est aussi blanche que son triste postérieur osseux. En tout cas, après les cinq je te salue Marie que lui délivrerait le Père Geoffroi, avant de lui demander des nouvelles de Pierre-Philibert, son mignon petit dernier.

Le kaïra du seizième ne se fond pas dans la foule, puisqu’il exècre son prochain, dont il ne sait d’ailleurs pas qu’il est le prochain, ou s’abstient tout du moins de le considérer comme tel. Le kaïra du seizième ne présente pas l’embonpoint de celui du 93, puisqu’il évite de se nourrir de tous ces vilains produits que l’on trouve à ras du sol dans les rayons des supermarchés. D’ailleurs, le kaïra du seizième abhorre les supermarchés. Il a ses p’tites habitudes chez les gentils commerçants bien français de ce quartier qui a vu naître cinq générations de sa famille de kaïras.

En cas d’élection, le kaïra du seizième diffère grandement des kaïras à casquette et capuche : lui, il se déplace systématiquement pour aller glisser son bulletin de droite conservatrice aux valeurs d’après-guerre dans l’urne.

Lorsqu’il est confronté à un discours un tant soit peu altruiste ou humaniste, le kaïra du seizième se plait à employer des mots très très grossiers comme Populo, ou Gaucho avec un mépris qui rend son visage aussi laid que son cœur est putride, c ‘est dire si c’est pas beau à voir…

Le kaïra a toujours existé, mais sa délinquance n’est manifeste que depuis quelques jours. Depuis que sa bouche s’est faite porte-parole de son âme, à l’occasion de l’annonce de la création de logements pour les sans-abris à l’orée du bois de Boulogne, en persiflant des  Salope, des Hidalgo au Bois, des  Connards,  Escrocs, Fils de pute, et mon préféré « brosse à caca », à s’en déchirer l’aluette. (gentille aluette)

lorsque les pauvres n'auront plus rien à manger, ils seront bien obligés de boulotter les riches

Car c’est un fait : c’est quand on s’aventure à égratigner ses privilèges que le kaïra du seizième dévoile son hideux visage, dont celui des banlieues n’est que le miroir. Parce que le vrai problème du kaïra du seizième est qu’il veut tout garder pour lui, à part peut-être ses chambres de bonne insalubres de 3 X 3 mètres qu’il loue pour la modique somme de 900 euros à des acteurs en herbe venus de province. Le kaïra du seizième est bien entouré. Bien conseillé. S’il le pouvait, il dormirait lui-même dans une grande niche fiscale, afin que personne ne vienne lui demander de participer à la collectivité. Bien souvent, il n’a même pas besoin de se déplacer pour ses affaires, puisque les courtiers suisses vont désormais tous seuls à Lagardère, pendant que Christian Eckert fait voter des lois en pleine nuit pour permettre cela. Pendant ce temps, les français moyens sont tenus de faire des efforts pour éponger la dette de la France.

Les kaïras des banlieues exultent parce qu’ils n’ont rien, les kaïras du seizième vocifèrent parce qu’ils ont TROP. C’est d’ailleurs ce que dira Claude Goasguen, député-maire – Les Républicains- du 16ème, sans même se rendre compte de l’énormité de sa logique :

Des gens (sans abris) qui n’auront pas la place d’être accueillis en centre d’hébergement, voudrons naturellement s’installer tout autour, puisqu’il y a la place (!), et cela est inadmissible.

Évidemment. Mieux vaut installer ces pauvres gens là où il n’y a pas de place, hein, tant que les bons pères de famille en quête de sensations pas très républicaines peuvent discrètement promener leur berline rutilante à l’orée du bois, en attendant que la Grosse Lulu ou que Graziela do Brazil soit dispo.

Non, le kaïra du seizième ne réfléchit pas comme vous et moi. Il n’a aucun sens des priorités, puisqu’il ne connait ni l’urgence, ni la survie. Cette décision de la ville de faire preuve de solidarité envers son semblable est vécue comme (sic) du mépris vis à vis des habitants du quartier, qui (sic) ne veulent pas de cette jungle, comme le précisera un délicieux riverain, ex PDG de la française des jeux.

Chaque décision, chaque idéal, chaque théorème a sa réciproque. Lorsque je dis NON à quelque chose, c’est au nom d’une autre valeur à laquelle je dis oui. Lorsque certains ont trop, c’est que d’autres n’ont pas assez.

Le kaïra des banlieues n’est que la réciproque du kaïra du seizième, qui était là avant. C’est lui qui a enfanté de l’autre. Mais lorsque pour échapper à la solidarité la plus élémentaire, il hurle des insultes envers des élus ou hauts fonctionnaires de police, on ne peut nullement lui accorder l’excuse de la pauvreté de son dictionnaire. En fait, sa monstruosité n’a aucune circonstance atténuante.

Pourtant, je ne m’inquiète pas pour la suite. Étant donnée la conjoncture, les kaïras du seizième sont voués à l’extinction de leur espèce. Car lorsque les pauvres n’auront plus rien à manger, ils seront bien obligés de boulotter les riches. 😉

En attendant, allons voter pour des gentils…les kairas du seizième

.

Parce qu’il vaut mieux en rire qu’en mourir,

.

.

Estelle Bee.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation