Tag Archives: Austérité

De si vilains reptiles

     Le travail au noir pointé du doigt. Cherche-t-on à faire du black quand on a du whiteAssis en tailleur autour d’une table basse dans une pièce encensée, une demi douzaine d’amis et moi même refaisions le Monde après un petit repas Pasta-Vaqueyras bien chaleureux. Mon salon était devenu notre « little Italy », et devant un thé à la menthe maison et un gros cendrier made – bought  – in Marrakech,  les discussions devenaient confidences, et les confidences devenaient confessions. Je me souviens que le sujet le plus épineux portait sur la psychanalyse. Nous étions trois à avoir déjà « consulté », ou s’être « faits suivre » comme on dit. Les mots « déni », « conneries », « enfance », « résilience », « traumatisme »,  « transfert », « souffrance » étaient nos outils pour tantôt nous approuver, tantôt nous contredire. Mais nous étions tous d’accord sur un point : qu’il fallait creuser très profond, quitte à se faire mal, pour s’éloigner de l’enfant afin d’être l’adulte, pour démêler les nœuds émotionnels qui empêchent d’être vraiment soi, d’être là où l’on doit être. De trouver notre place. Creuser. Profond. A la racine. Vers l’épicentre. Jusqu’au noyau.

.

Tout s’explique

 

Je repensai aujourd’hui à cette soirée-là. Je m’interrogeais. Me faisais les questions et les réponses. Doit-on creuser pour tout ? Pour chaque problème ? Même pour un souci qui ne relève pas de l’Humain ? Un souci matériel par exemple ? Vu que le matériel est géré par l’humain cela paraît logique. Chaque poussière s’explique. Chaque grain de sable. Chaque relief. Chaque grossière feuille de salade mi cuite servant tragiquement de lit à une entrecôte au bistrot du coin. Même le chanteur Raphaël. Tout s’explique !

Et soudain vint à moi cette idée : si tout s’explique, et qu’on arrive à tout s’expliquer, à tout comprendre, on est donc en mesure de tout réparer, de tout résoudre ! Mais bordel pourquoi nos ministres ne sont-ils pas assistés par des psychanalystes ??? Cela leur éviterait peut-être d’expliquer la crise européenne par des phénomènes aussi anciens que le dernier Kelly de Victoria Beckham, ou le dernier popo de mon petit neveu. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, une des théories les plus fabuleuses qu’un ministre ait trouvé pour expliquer la crise est LE TRAVAIL AU NOIR. Comme s’il y avait eu le Big Bang, le Travail au noir, et la Crise. Comme s’il n’y avait aucune complexité. Comme si le travail au noir était une sorte de maladie orpheline surgie de rien. Juste posée là. Mais par personne.

.

Alors creusons…

 

jurassiqueCela m’a donné envie de comprendre, de remonter loin. Aussi loin que mes représentations de la Vie pouvaient aller. Figurez-vous que je suis remontée à l’ère du Jurassique. Là, j’ai copiné avec des Trycératops, me suis acoquinée avec des Tyranosaures, j’ai survolé les volcans à dos de Ptéranodon, et j’ai même vaguement flirté avec un diplodocus, mais c’était juste après avoir chanté Could you be loved sur une plage avec Bob Marley…Et là, j’ai tout compris. TOUT.

Car comme chacun sait, les dinosaures, tout comme nous, en ont bavé dans leur vie : ère glacière, astéroïdes, volcans en éruption. Ils ont du s’adapter. Par exemple, certaines familles d’iguanes, aujourd’hui encore, gardent les stigmates de cette adaptation forcée…

TOUT comme nos travailleurs au noir!

En effet, rappelez-vous de la première image du film Océans de Jacques Perrin : un iguane « marin » qui marche sur les rochers, plonge dans l’océan pour aller se nourrir de petites algues qu’il trouve dans les fonds sous-marins. Pour cela, il se met en danger de refroidissement pouvant aller jusqu’à l’arrêt cardiaque. Après cette énorme prise de risque qu’est son simple repas, il est obligé de s’agglutiner à ses pairs contre un rocher quatre ou cinq heures durant, pour se réapprovisionner en chaleur et recracher l’iode qui obstrue ses sinus. Si c’est pas une vie de galère çà !!! Comme tout reptile, l’iguane est avant tout un animal  à sang froid qui a grand besoin du soleil pour se chauffer. Alors pourquoi diable prend-il autant de risques pour boulotter des algues dans un univers hostile, alors qu’il pourrait juste, comme d’autres iguanes le font, marcher tranquillement au soleil et grignoter des cactus avant d’aller faire une sieste ? Croyez-vous franchement qu’un animal, dans son instinct le plus profond, le plus basique, choisit délibérément de se compliquer l’existence ?

.

Pourquoi se mettre en danger?

 

iguane mangeCar l’iguane est avant tout un animal terrestre. Pareil à nos grands-parents à nous, il coulait naguère des jours heureux à œuvrer en surface, et se contenter de sa vie toute simple. Seulement, éruption après éruption, la flore terrestre finit par disparaître dans les parages. Presque tous les iguanes périrent. Presque, sauf quelques irréductibles qui allèrent chercher dans l’obscurité des fonds marins ce que la terre avait cessé de leur offrir. Leur survie ne tint plus qu’à la capacité exceptionnelle de certains d’entre eux à tenir en apnée, presque une heure. Ainsi la petite tribu résista. Et même si leur vie quotidienne devint une galère, ils étaient toutefois obligés de galérer pour survivre. Ce cercle vicieux vous dit peut-être quelque chose… ? Mais même dans leur misérable existence, ils trouvèrent la force de se reproduire… Leurs progénitures, ayant forcément hérité des gènes gagnants de leurs deux parents devinrent naturellement des « iguanes marins », qui à leur tour engendrèrent d’autres iguanes marins, et ainsi de suite…

.

Au nom de la survie

 

Va-t-on chercher dans l'obscurité ce que l'on peut trouver dans la lumière?Ainsi évolua l’espèce. Mais les nouvelles générations ne surent jamais que leurs aînés avaient du s’adapter, contraints et forcés de s’engloutir à leurs risques et périls, non pas dans le but de pâturer sur une herbe plus verte – ici il n’est en aucun cas question de choix – mais d’empêcher que la mauvaise conjoncture biologique ne vienne à bout de leur espèce.

Dirigeants, faites-vous assister. Faites vous suivre. Parce que dans votre profonde ignorance, vous nous mentez. Nous faire penser qu’untel travaille au noir pour s’en mettre plein les fouilles est faux. Car précisément, quelqu’un qui s’en met plein les fouilles n’a pas besoin de travailler dans l’obscurité.

On ne travaille pas heureux quand on travaille caché. De plus en plus de grecs, italiens, espagnols, français font du black parce qu’il n’y a plus de white. Croyez-vous qu’un européen suffisamment payé pour manger, se loger, s’habiller, prendre des vacances, et mettre quelques sous sur un modique livret, ressent par lui même le besoin de plonger dans le noir le week-end au lieu de se reposer et profiter des siens ? Va-t-on chercher du pain noir quand on a du pain blanc ?

.

Si, tels des iguanes marins, nous allons de plus en plus profond pour aller chercher quelques algues, avec les risques que suppose cette immersion, c’est que nous n’avons plus de cactus. Pourquoi prendre le risque d’aller en prison quand on peut juste … ne pas le prendre ? Je me souviens pourtant que nos terres n’ont pas toujours été arides. Où sont donc passés tous nos cactus ??? Pourquoi ne dit-on pas franchement que nos salaires sont tragiquement bas par rapport au coût actuel de la vie ? Que deux solutions aussi basiques qu’un cerveau de dinosaure s’offrent à nous : indexer les salaires sur le coût de la vie, ou indexer le coût de la vie sur les salaires. Augmenter ou baisser, deux solutions. Les iguanes, eux, n’ont pas eu cette chance. Je suis sûre que les travailleurs de l’obscurité ne demandent qu’à en sortir, pâturer Travail au noir: l'instinct de survieenfin dans leur environnement naturel, tourner le dos à l’hostilité des profondeurs. Qu’on leur en donne les moyens légaux. Qu’on leur vienne en aide. Car les gens modestes n’ont pas, eux, les moyens de contourner le système en toute légalité. Et d’après certains dirigeants, ce sont donc eux les tricheurs, les vils. Les responsables. On les montre du doigt comme des créatures maléfiques et rabougries tout droit sorties d’un Harry Potter. Voyez-les plutôt comme de gros reptiles à écailles à la colonne vertébrale épineuse : c’est tout aussi effrayant, mais on moins ça explique bien plus de choses. Sachez tout au moins que ce ne sont pas eux qui réduisent votre pouvoir d’achat…

Estelle Bee.

 

Lundi de Pentecôte et Sain(t)e Vérité

Multiplication des contrôles médicaux, non-remboursement des médicaments, suspicions de fraude des plus modestes, on soupçonne la ruche de faire semblant d’être malade, alors on sanctionne. Multiplication des contrôles médicaux, non-remboursement des médicaments, suspicions de fraude des plus modestes, on soupçonne la ruche de faire semblant d’être malade, alors on sanctionne. Si les abeilles disparaissent dangereusement, leur perte semble néanmoins compensée par la prolifération des guêpes : ces français qui à force de resserrer leur gaine, ressemblent étrangement à cet insecte. Mais il paraît que la guêpe elle aussi pollinise.  Sauf quand elle est stressée. Et c’est peut-être là que le bât blesse. Nous ne pollinisons plus, trop stressés !

.

Les causes

Il semblerait que nos dirigeants aient oublié cette petite chose toute bête : qu’il était absolument indispensable pour commencer à remédier à la crise que les gens butinent, virevoltent, soient, comment dire… ben…  HEUREUX. Pardon, si j’ose à peine écrire le mot heureux… Je voulais en trouver un qui au moins rime avec austérité, pour ne pas trop choquer les gens, mais aucun autre ne m’est venu à l’esprit. Car aujourd’hui Il m’apparaît clairement qu’on ne sortira pas de la mouise économique si l’on reste englués dans la morosité, tels des cormorans – corps mourants – dans une nappe de pétrole puante, et si l’on continue de rogner nos acquis. Et le lundi de Pentecôte travaillé en fait partie. Certes journée de solidarité aux personnes dépendantes. Oui mais… Un jour de moins pour polliniser. Et ce n’est pas rien.

.

La vraie solution

Multiplication des contrôles médicaux, non-remboursement des médicaments, suspicions de fraude des plus modestes, on soupçonne la ruche de faire semblant d’être malade, alors on sanctionne. Alors, Moi Ministre (Pardonnez-moi cette anaphore digne d’un Néron ivre, mais elle a fonctionné pour un type que je connais et qui a décroché un poste inespéré, malgré son charisme de poisson lune ) Donc Moi Ministre, au lieu de supprimer un jour férié, J’EN RAJOUTERAIS UN. Mais ce jour serait différent pour chaque travailleur. Par exemple pour son anniversaire. Ou sa fête. Vous allez comprendre pourquoi cette dimension festive. Ce jour férié supplémentaire s’intitulerait La Sainte Vérité. Il s’agirait en effet d’un jour dans l’année où chacun serait autorisé à dire tout ce qu’il pense à qui bon lui semble, et sans que quiconque ne lui en tienne rigueur, comme si tout ce qui a avait été dit s’effaçait ensuite de la mémoire de tous.

Moi Ministre je permettrais ainsi à chaque travailleur de se libérer d’un poids de taille. L’un irait frapper à la porte de son voisin pour lui demander expressément de ne plus lui « faire la conversation à cinq centimètres du visage dans l’ascenseur en raison de sa gingivite pestilentielle », ou l’une pourrait, en hurlant, refuser à une vieille dame de lui céder sa place à la caisse du supermarché  puisqu’étant donné son âge elle n’a « que çà à foutre bordel, attendre la faucheuse pendant que d’autres jonglent comme des malades pour lui payer sa retraite à la vioque!!! ». Ainsi, Moi Ministre je libèrerais un grand nombre de français du poids qui oppresse leur poitrine. La société se sent prise en tenaille. Elle se meurt d’envie d’éructer façon dragon son surmenage, sa colère et son sentiment – justifié – d’injustice, mais elle n’en a pas les moyens. Sauf si l’on souhaite se retrouver en prison, à la rue, sans amis, ou dans un bureau non chauffé à Pôle Emploi face à un gars encore plus malheureux que soi, on intériorise.

.

Le cercle vertueux

Depuis qu’une étude de 2007 a révélé que nos cellules anti-cancer – dites NK – chutent lors d’un gros stress, on sait que le cancer, première cause de décès dans les pays développés est une maladie psychosomatique auto-immune, une inéluctable autosuppression. Alors Moi Ministre, en laissant les gens exprimer librement leurs émotions, leurs déconvenues, leur rage en ce jour de fête, je sauverais des vies, et en même temps, je réduirais le trou de la Sécu. CQFD. Quand on sait ce que coûte une séance de radiothérapie ou de chimio ! Idem pour Depuis qu’une étude de 2007 a révélé que nos cellules anti-cancer – dites NK – chutent lors d’un gros stress, on sait que le cancer, première cause de décès dans les pays développés est une maladie psychosomatique auto-immune, une inéluctable autosuppressionles AVC – Arrête cette Vie de Con –  en pleine expansion, qui supposent bien souvent des hospitalisations, interventions, rééducations, placements, bref un gouffre pour le pays. Et n’oublions pas les anti-dépresseurs dont nous sommes les champions de la consommation. Le jour de Sainte Vérité viderait les travailleurs de leur anxiété, leur amertume, et remettrait les compteurs à zéro ! Les gens se sentiraient plus légers. Plus besoin de chimie !

.

Le tout benef’

Mais s’il y a un domaine où les travailleurs ont des vérités à dire, ne serait-ce pas justement AU BOULOT? Imaginez un jour où la jeune et jolie active pourrait lancer, hystérique, à sa chef vieillissante : « T’as pas autre chose à foutre, vieille morue, que me fliquer toute la journée en me matant de haut en bas avec ton air pincé de mal b…  ?!!!! », ou le sénior dirigé par un petit jeunot pédant aux propos avilissants : « Mais tu vas la fermer ta gueule de petit morveux à lunettes, vas jouer aux billes et lâche-moi la grappe, allez dégaaaage !!! »

Image de prévisualisation YouTube

Alors mine de rien, dans ces conditions jubilatoires, Moi Ministre, je relèverais le défi de faire venir au boulot plus de la moitié des travailleurs en ce jour de congé! Ce résultat étant bien plus satisfaisant que les minables 20% présents au bureau le lundi de Pentecôte atteints jusqu’alors… Il n’est d’ailleurs pas exclu qu’après s’être défoulés en expulsant leur mal-être – Vous savez, à la manière du gros black qui recrache des moucherons dans La Ligne verte – nos travailleurs, ainsi recentrés, en profitent pour rédiger quelques mails, passer deux coups de fil en retard, ou peaufiner leur Powerpoint pour la réunion de la semaine prochaine. Quand les gens sont plus heureux, ils sont évidemment plus productifs. C’est ce qu’on appelle du « tout bénef’ ». Ou « gagnant – gagnant » comme dirait gnangnan. Pas folle la guêpe…

Le trou de la Sécu colmaté, reste à savoir comment nous allons financer les retraites de tous ces gens qui vivrons plus vieux. Eh bien Moi Ministre je compte sur la lenteur bien française de la mise en place de ce jour férié. Disons pour 2030. Si tout va bien. Car des études récentes prévoient que la première cause de mortalité dans les pays développés d’ici vingt ans sera… Le suicide ! Simple, rapide, pas cher. Oui, l’heure du Fast death a sonné mes chers compatriotes. Révolutionnons le monde par la French New Way of Death, et sortons ainsi en tout premier de la crise. Pas con le bourdon 😉

.

Indignons-nous!

Le trou de la Sécu colmaté, reste à savoir comment nous allons financer les retraites de tous ces gens qui vivrons plus vieux. Eh bien Moi Ministre je compte sur la lenteur bien française de la mise en place de ce jour férié. Disons pour 2030. Si tout va bien. Car des études récentes prévoient que la première cause de mortalité dans les pays développés d’ici vingt ans sera… Le suicide !

Hollande se soumet à l’Europe, quelle surprise…

.

Estelle Bee.