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Belzébuth s’invite au Camping Paradis (et demande à être renvoyé en enfer)

Je voudrais néanmoins rendre hommage à une chaine de télévision qui, à chaque fois que j’ai manqué d’inspiration pour mes chroniques, a su, façon DSK, m’attraper par les cheveux et mettre ma tête au fond de la cuvette pour me montrer le chemin à suivre et « rafraîchir » ainsi mon sarcasme endormi.Lundi, 20h57, un SMS d’une amie me somme de zapper, car sur Tf1, y’a CAMPING PARADIS qui se déroule sur une plage où l’on a souvent étendu nos serviettes !  Je m’exécute, néanmoins craintive. Le générique met d’emblée dans l’ambiance, avec ses notes de trompette type féria de Nîmes, savant mélange de  Macarena et de Cé-Cé-Cé-Célimène illustré de têtes d’acteurs ayant l’air ma fois bien sympathiques. Message subliminal n°1 : le campeur est un gros beauf.

 

Présentation

-P’tain, qu’est-ce qu’elle fout là Princess Erika ????!!!!

-P’tain c’est quoi ce titre, CAMPING PARADIS ??????

La réponse est simple. Camping Paradis est l’Oxymore des années 2010 qui d’un coup d’un seul, ringardise à tout jamais Le soleil noir de la mélancolie de Gérard de Nerval, exemple (de cette figure de style associant deux termes contraires) qu’on nous a tant rabâché lorsqu’on était au lycée. Car ceux qui ont récemment fait du camping, du vrai, souvent sur un malentendu d’ailleurs (« Tu vas voir, on va bien se marrer ! On est encore jeunes ou merde ??? ») savent que le terme Paradis est au moins autant diamétralement opposé au Camping que l’univers d’Amélie Nothomb l’est à l’Impressionnisme.

Car lorsque tu t’apprêtes à refaire du camping, c’est avec un souvenir ému des soirées bivouac de juillet 1993 autour du feu à chanter Santiano avec les monos et les potes de colo. Toutefois, tu as un poil conscience qu’avec Loulou de deux ans et demi, tu ne pourra pas : 1) Veiller si tard que çà, 2) Manger des pâtes aux chips tous les jours, 3) Planter ta grande tente Quechua flambante neuve en plein cagnard. Car lorsque tu t’apprêtes à refaire du camping, c’est avec un souvenir ému des soirées bivouac de juillet 1993 autour du feu à chanter Santiano avec les monos et les potes de colo. Toutefois, tu as un poil conscience qu’avec Loulou de deux ans et demi, tu ne pourras pas : 1) Veiller si tard que çà, 2) Manger des pâtes aux chips tous les jours, 3) Planter ta grande tente Quechua flambante neuve en plein cagnard. Fière d’avoir des principes d’adulte et forte de ton expérience, tu pars donc en quête de l’ombre et de la tranquillité, déterminée comme Larry Kubiac à la recherche d’un cheeseburger. Et c’est là que le bât blesse. Car plus tranquille et ombragé sera ton emplacement, plus éloigné tu seras des sanitaires, et surtout du Saint Trône. Pardonnez-moi si je suis triviale, mais telle devrait être la devise du campeur. Et quand on s’éloigne du Saint Trône, forcément, on se vide de son Sang Royal, et ça se voit.

A partir de là, une succession d’évènements improbables se produit : tu te retrouves à traverser toute l’allée centrale en serviette de bain trop courte (tu t’es trompée, tu as pris celle de Loulou, too bad), tu arrives pressée au lieu dit après 500 m de dénivelé en te rendant compte que tu as oublié de glisser discrètement dans ta poche les quelques feuilles ouatées salvatrices dont tu as besoin (Question en ton for intérieur: les participants de Koh Lanta en sont-ils pourvus ???), suite à ce questionnement tu scrutes les arbres alentours à la Robinson Crusoé mais il n’y a que des pins parasols (feuillage inadapté donc), tu te trimballes des jerricans tu te trimballes des jerricans d’eau de 20 litres pour débarbouiller Loulou qui mange comme un petit goret, tu craches ton dentifrice à l’unisson avec des gens qui font des bruits de raclements épais, d’eau de 20 litres pour débarbouiller Loulou qui mange comme un petit goret, tu craches ton dentifrice à l’unisson avec des gens qui font des bruits de raclements épais, et tu te retrouves à pleurer comme un bébé le soir venu, épuisée par les tâches quotidiennes, l’hypocondrie dans les douches, et les réflexions de Loulou 1er du Nom qui sature d’entendre tes plaintes de jeune trentenaire embourgeoisée. Et là, tu te fais du mal en repensant à tes vacances de l’an dernier en Club All Inclusive bien loin d’ici. Bref, Camping VS Paradis: 1-0.

Semaine à thème

L’épisode de la semaine s’intitule Western Camping. Eh oui, chaque semaine au camping est placée sous le suite d’un thème précis.

(- Oh mais c’est la plage de Sainte Croix !!!!!!!! Regarde ! REGAAAARDE !!!) Ainsi, sur la plage où tu as passé tant de journées à te faire dorer la pilule (2ème génération je précise) surgissent des attractions Far West hautement ludiques comme le Mini Saloon de 2 X 2 mètres qu’un gentil et joyeux animateur est en train de finir de monter (crédibilité au summum) avec sa petite perceuse Bosch, dont le slogan un travail de pro trouve ici tout son sens. Les membres du personnel, chapeautés façon John Wayne échangent leurs projets avec zèle : atelier de danse Country, chorégraphie de la semaine, déguisements jeux de société sur la plage ( ?)

(- Oh mais c’est la plage de Sainte Croix !!!!!!!! Regarde ! Eh regaaaarde !!!) Ainsi, sur la plage où tu as passé tant de journées à te faire dorer la pilule (2ème génération je précise) surgissent des attractions Far West hautement ludiques comme le Mini Saloon de 2 X 2 mètres qu’un gentil et joyeux animateur est en train de finir de monter (crédibilité au summum) avec sa petite perceuse Bosch, dont le slogan un travail de pro trouve ici tout son sens. Les membres du personnel, chapeautés façon John Wayne échangent leurs projets : atelier de danse Country, chorégraphie de la semaine, déguisements jeux de société sur la plage ( ?)

Les personnages

Camping Paradis semble vouloir rompre avec le manichéisme en nous démontrant que manifestement, un bon bougre se cache derrière la pire des enflures et que chaque être en ce monde a quelque chose de surprenant. Le mari trompeur est au fond un gentil garçon qui vieillit et se sent flatté par le regard d’autrui(e), le salaud de patron licencieur de séniors est en fait un gentil papi qui prône l’authenticité et les vraies valeurs, et l’homosexuel tourmenté… est une grande folle couinante qui ferait passer la Grande Zoa pour Sébastien Chabal.

La palme revient sans conteste à M. Parisot (rien à voir avec Laurence hein), dans le rôle du râleur patriote. Message subliminal n°2 : le français de base est un gros con insatisfait. Un rôle tout en finesse où un type dégarni et maigrelet type Michel Blanc prend des intonations d’ancien légionnaire, et que l’on imagine aisément dire les Macaronis,  les Rosbeefs, les Boches pour parler de nos voisins européens. Et au cas où le téléspectateur n’aurait pas bien saisi le rôle de faire-valoir de ce Monsieur (dans l’hypothèse, donc, que la plus grosse part de l’audimat soit composée de votants FN), on a accessoirisé celui qui clame « On n’est plus chez nous décidemment », de Birkenstock vintage sur chaussettes de tennis remontées jusqu’aux genoux. Camping Paradis semble vouloir rompre avec le manichéisme en nous démontrant que manifestement, un bon bougre se cache derrière la pire des enfluresMessage subliminal n°3 : Etre raciste c’est pas bien, mais tu es pardonné (et tu peux rester sur notre chaine) si tu n’as pas un look à la Bernard Menez.

Le seul que j’épargnerai ici est Laurent Ournac, le protagoniste et directeur du camping, qui parvient, au milieu de toutes ces caricatures, à s’en sortir bon an mal an.

Les répliques culte

« Ma vie ressemble à un rouleau d’essuie-tout déroulé dans le vide » est la première grande réplique lancée par notre homo trop typé (comme la Vache qui rit), avec des trémolos dans la voix empreints d’un lyrisme dramaturgique, qui pourrait nous laisser imaginer ce que serait une tirade de Phèdre interprétée par Laetitia Milot de Plus belle la vie.

« Les femmes, elles sont pas comme nous, quand elles se plaignent de quelque chose c’est qu’il y a une vraie raison» (Les hommes apprécieront…) Car c’est justement le Serial Fucker du Camping, le Popeye bronzé qui dégaine la perceuse plus vite que son ombre, qui balance cette vérité au nez du mari trompeur que sa femme ne souhaite pas reprendre. Message subliminal n°4 : Etre un gros macho c’est nul.

Soyons quand même honnête, une réplique m’a arraché un ricanement diabolique, parce que justement, elle rompait avec les bons sentiments bien mièvres de l’épisode. Alors qu’un pauvre type accoudé au bar, manifestement à deux doigts de se défenestrer (s’il y avait des fenêtres sur les tentes Maréchal), lance dans un soupir usé un «J’vais m’foutre en l’air» pathétique, on peut compter sur l’ancien légionnaire, outré, qui lui répond :

« Oh Eh, on est en vacances ! Un peu de pudeur quand même ! Pensez à ceux qui sont heureux ! », phrase  jubilatoire que je n’omettrai pas d’employer la prochaine fois qu’un de mes proches souffre abominablement.

Quand je pense qu’un bon tiers des français est persuadé qu’elle est la seule chaine existante du petit écran sous prétexte qu’on appuie dessus pour allumer sa télévision, et que Lagaff est au monde télévisuel ce que Justin Bridou est au saucisson, ça me donne envie d’arrêter les farines animales et de manger du Tofu.

Je voudrais néanmoins rendre hommage à une chaine de télévision qui, à chaque fois que j’ai manqué d’inspiration pour mes chroniques, a su, façon DSK, m’attraper par les cheveux et mettre ma tête au fond de la cuvette pour me montrer le chemin à suivre et « rafraîchir » ainsi mon sarcasme endormi. Quand je pense qu’un bon tiers des français est persuadé qu’elle est la seule chaine existante du petit écran sous prétexte qu’on appuie dessus pour allumer sa télévision, et que Lagaff est au monde télévisuel ce que Justin Bridou est au saucisson, ça me donne envie d’arrêter les farines animales et de manger du Tofu.

Ouvrons l’œil…

Estelle Bee.