Tag Archives: Capitalisme

Affaire Air France : le Syndrome de Stockholm français

airfrance: les français et le syndrome de Stokholm

 

Des jours et des semaines. Des semaines entières qu’on nous ramone les conduits auditifs avec cette même expression constipée, pour parler d’un fait tronqué de sa réalité :

 

Rien ne peut justifier de telles violences.

 

La quasi-totalité des médias appartenant à quatre des plus grosses fortunes du pays, il était fort peu probable que les journaleux fassent usage de leur influence en sciant la branche sur laquelle ils sont assis. Même les pseudo-réacs carriéristes : Anne-Sophie Lapix, Patrick Cohen, Léa Salamé etc… (Ne parlons même pas de BFM la délicieuse qui s’est même autorisée à censurer, au nom de Charlie sûrement, une interview de Jean-Luc Mélenchon…)

 

Mais de là à entendre de la bouche de gens apparemment normaux des trucs du genre : [Non mais quand même !!!! Tu te rends compte à quel point c’est allé trop loin ?/ Non mais allô quoi ! L’image qu’on donne à l’étranger, c’est troooop grave !/ et bien sûr, l’éternel et insipide « On ne résout pas les problèmes par la violence »], oui, de là à entendre cela, il y avait quand même un monde…

 

Mais malheureusement, le Monde est petit…

 

Mon pays est malade. Complètement malade. Et j’ai peur que la maladie se propage. Car le diagnostic est tombé : LES FRANÇAIS SERAIENT GRAVEMENT ATTEINTS PAR LE SYNDROME DE STOCKHOLM.

 

 

Est-ce à force de traîner un peu trop souvent chez Ikéa quand il pleut, et d’en revenir avec des étagères Bernjhnätthrsgiirstat ? Est-ce tout simplement du à un abus de Krisprolls ? Toujours est-il que d’après le Gros Robert, le Syndrome de Stockholm désigne un phénomène psychologique chez les otages qui tendent à développer de l’empathie pour leurs geôliers.

 

L’industrie française s’est réduite à peau de chagrin. Bousillée, la vie de milliers de gens, la dignité de papa, de maman, éclaté le bonheur familial, et la famille en pleine santé. La vie est violente. Chaque jour que dieu pond, deux agriculteurs se pendent. La vie est violente. Des gens vont s’immoler dans les locaux de la CAF, ou se coller direct un pruneau devant l’hôtesse d’accueil de chez Pôle Emploi. La vie est violente. Plus la société devient maladive, plus on dérembourse les médocs. Alors, elle devient mortifère. La vie est violente. Et à qui profite le crime ? Justement à ceux que l’on plaint parce que l’on nous dit de le faire : ceux qui n’hésitent pas à  lâcher du lest pour faire décoller la montgolfière qui leur servira de parachute en platine. Ceux-là même qui vont faire virer leur argent virtuel dans des sociétés offshore, là où l’hiver ne sévit jamais. Ceux qui parlent de « libéralisme » au lieu de capitalisme, de « demandeurs d’emploi » au lieu de chômeurs, ou de « dialogue social » au lieu de strangulation, sans parler de ceux qui coulent volontairement des boîtes pour s’enrichir sur 18 générations, comme on le verra bien assez tôt à Canal +. Voyez donc QUI les médias nous demandent de plaindre ? Eh bien oui, nos propres geôliers.

 

Alors je me pose cette simple question :

Si le fait que des salariés d’une entreprise florissante refusent de se laisser pulvériser au Baygon tels des cafards suintants choque certains, j’aimerais que l’on me dise DEPUIS QUAND LES CONQUETES ET REVOLUTIONS SOCIALES SE FONT-ELLES UNE MARGUERITE ENTRE LES DENTS, SUR UN PETIT AIR DE JAZZ, EN FORNIQUANT A TOUT-VA? Depuis quand une femme –éveillée- accouche-t-elle autrement que dans la douleur ??? Depuis quand les petits ont-ils les moyens légaux d’empêcher les gros de les bouffer ? Depuis quand ne doit-on plus passer par un mal pour avoir un bien ?

 

Selon l’historien François Cusset, et comme beaucoup d’autres, il est logique et mécanique que la violence devienne le seul exutoire quand on vous ferme toutes les portes, c’est du ressort de notre instinct de survie.

 

Et depuis quelques jours, en guise de guillotine, se succèdent des mises à pied. Celles des quelques gueux édentés qui se sont aventurés à customiser une ou deux chemises Prada, après avoir refusé de céder au monologue dialogue –chantage- social préconisé par le gouvernement. Et nous sommes tous aujourd’hui les lugubres spectateurs d’une mise à mort en règle, supervisée par Manuel El Matador qui a réclamé de lourdes sanctions  contre les vilains dissidents. Brandira-t-il les oreilles et la queue des sauvages ? Non. Trop violent, pardi ! Les dirigeants, eux, n’ont nul besoin d’user de violence physique pour mettre à bas la vie des gens, un trait de stylo Montblanc suffit…

Mon pays est malade. Complètement malade. Et j’ai peur que la maladie se propage. Car le diagnostic est tombé : LES FRANÇAIS SERAIENT GRAVEMENT ATTEINTS PAR LE SYNDROME DE STOCKHOLM.

 

Ouvrons les yeux, et indignons-nous, bordel pardieu !

 

 

Estelle Bee.

 

Si vous avez apprécié cet article, il ne fait aucun doute que vous préfèrerez  celui-ci 😉

 

 

I need a hamster!!!

Mais lorsque nous arrivâmes sur le lieu des agapes, JE LES VIS : Les jeunes cadres dynamiques femelles. Tenues moulantes exclusivement noires, avec grilles d’aération –résilles ou voiles – là où le regard masculin est susceptible de s’arrêter le plus souvent, montées sur stilettos ou bottes vertigineuses. Effluves de santal, cuir et patchouli, bijou arrivant pile poil sur le décolleté (ça alors !?), et yeux diaboliquement noircis, ce qui me fit penser que Stanley Kubrick aurait pu leur proposer un rôle de figurante dans Eyes wild shut 2, et qu’il serait mort une deuxième fois d’une crise cardiaque. Dans ma ville il y a désormais un nouveau quartier, le quartier d’Affaires. Et quand on déambule entre les tours de verre, slalomant entre les jeunes cadres qui prennent leur pause cloppe, il n’est pas rare d’entendre prononcer sur un ton des plus naturels:

« Le week-end dernier j’étais en total burn out, rapport à mon boss qui m’a overbookée ».

Ce qui revient à dire – je le précise pour les fromages à pâte molle ou les gens très âgés – qu’en fin de semaine dernière j’étais épuisée et à deux doigts d’égorger mon patron façon Agneau pascal (ou Aïd El-Kébir) vu qu’il me prend pour Conchita.

Alors bien sûr, on comprend mieux la deuxième formule. Mais avez-vous remarqué qu’elle est tout de même moins sexy? Et surtout, c’est deux fois plus long à dire !

Il faut dire que les anglo-saxons n’ont pas l’habitude d’aller dans la nuance comme nous. Eux, ils sont proactifs. Les américains ont du rattraper le vieux continent, des siècles et des siècles d’existence, en trois battements de cils, et ils ont donc été obligés d’aller droit au but, créer avant de penser. Ou presque… C’est comme quand on se réveille en retard le matin; soit on part de chez soi en pyjama, on est à l’heure pour l’action mais on a l’air con. Soit on prend le temps de se faire tout beau, mais  l’on constate en arrivant au bureau qu’un type en pyjama rayé a pris notre place.

C’est pourquoi la mondialisation via le capitalisme – remplacé depuis quelque temps par le doux euphémisme « libéralisme »- a changé notre façon de travailler, mais aussi notre langage. On est au top, on va droit au but, et on emploie des phrases à ce point DOPÉES D’ANGLICISMES qu’elles feraient passer Lance Amstrong pour un petit buveur de Red Bull (ou un type qui a marché sur la lune, c’est selon.) Il est certain que ce dopage à l’anglais induit aujourd’hui une notion de dynamisme et de modernité.

Ainsi, lorsqu’on parle de débriefing à la première heure, on imagine on grand bureau ovale qui réfléchit façon miroir, encerclé de jeunes cadres beaux, fashion et en forme, à qui une secrétaire canon sert café, thé et viennoiseries.

Alors que son équivalent « réunion de compte rendu » renvoie à une autre époque. On imagine une salle toute décrépie dans laquelle on est obligé de tout déménager pour faire une table en U, avec des gens qui portent des pulls torsadés, des Clarks, et pour les dames, des chouchous en velours dans les cheveux.

 

Mais les jeunes cadres dynamiques qui ne communiquent qu’en anglicismes sont-ils aussi parfaits et stylés qu’ils en ont l’air ? Sont-ils aussi sûrs d’eux qu’on le croit ? Et enfin parlent-ils aussi bien anglais qu’on le pense ?

 

C’est la question que je me posais avant d’accompagner mon petit ami d’alors à un dîner business. Je compris immédiatement, lorsqu’il me décrivit les personnes qui composeraient le repas qu’il pressentait comme « très sympa », que ce n’était pas le genre d’animaux que l’on trouve à la SPA, mais plutôt dans la jungle ou dans les marécages d’Amérique du sud.

Je compris aussi qu’il fallait que je joue mon rôle de faire valoir au poil près – façon de parler hein, je n’ai pas compté mes poils – en étant absolument sublaïme, comme le diraient Cristina Cordula, et sa sihouette en H. J’optai pour un petit look Chic Bohème travaillé mais super frais avec coiffé décoiffé plutôt pas mal et yeux de biche. Mais lorsque nous arrivâmes sur le lieu des agapes, JE LES VIS : Les jeunes cadres dynamiques femelles. Tenues moulantes exclusivement NOIRES, avec grilles d’aération –résilles ou voiles – là où le regard masculin est susceptible de s’arrêter le plus souvent, montées sur stilettos ou bottes vertigineuses. Effluves de santal, cuir et patchouli, bijou arrivant pile poil sur le décolleté (ça alors !?), et yeux diaboliquement noircis, ce qui me fit penser que Stanley Kubrick aurait pu leur proposer un rôle de figurante dans Eyes wild shut 2, et qu’il serait mort une deuxième fois d’une crise cardiaque.

Et pendant que j’essayais d’imaginer les deux panthères avec un masque emplumé, l’idée absolument horrible qu’à côté d’elles je ressemblais à Belle des Champs me traversa l’esprit. En conséquence, la chanson de la pub – Ouiii donne-nous un peu de ton fromage Belle des Champs… ! – me hanta toute la soirée et j’eus beaucoup de mal à me concentrer à cause de cela. Elles n’étaient pas spécialement belles, mais elles dégageaient des phéromones bien explicites… Côté masculin, c’était assez classique et dynamique. Et côté ramage, ce fut le paradis des anglicismes !

.

Le lobbying des messieurs se frottait à l’aquabike –régime sans selle- de Mesdames, le glamour se prenait la tête avec le brainstorming, et le self-control s’envoyait en l’air avec … du Côtes-Rotie bien de chez nous ! Je commençais à me dire que oui, ces gens-là possédaient une assurance en granit. Surtout quand je voyais l’aigle noir en Louboutin poser sa main sur l’avant bras de mon homme en disant, à quinze centimètres de son visage, des trucs comme : « Ah chui complètement d’accord ! Aujourd’hui n’importe quel outsider qui fait du dumping, même avec un packaging complètement cheap peut s’imposer dans le global leadership »  J’avais la sensation que les anglicismes renforçaient son pouvoir de séduction (j’allais écrire sex appeal ). Mon sang bouillait. Alors, j’eus besoin d’une transfusion d’urgence, et grâce au sang du Christ je survécus. J’aurais moi aussi voulu intervenir et montrer à quel point je peux être intéressante, mais je ne possédais pas les codes nécessaires à cela. Moi je n’ai en ma possession que le kit de survie qui se résume en deux phrases : « Hello. I’d like to try these shoes please », phrase que chaque femme respectable sait dire dans toutes les langues et surtout en italien, et « Daddy ! Where is my umbrella ? », ce qui est un peu short quand même.

 

Mais si les jeunes cadres dynamiques sont des ascètes pendant la journée, il faut savoir qu’ils ne boivent pas que de l’eau la nuit tombée. Et comme les vampires ils se transforment. Sauf qu’eux reprennent forme humaine, peuvent même être amusants et avoir de drôles d’idées. Comme celle de finir la soirée dans un bar karaoké… Et la musique fût.

Entre deux chansons massacrées, un DJ mettait des morceaux pour bouger. Ainsi ma copine en noir se mit à se déhancher sur Hot Stuff de Donna Summer alors que nous étions tous assis. Ainsi, c’était officiel, tout le monde la reluquait, y compris mon homme. J’enfonçai mes ongles dans mon fauteuil, quand tout à coup Alleluia, le miracle se produisit ! Je me rendis compte que la demoiselle chantait en… yaourt. Je dirais même en yaourt 0%, parce qu’au refrain j’entendis bien distinctement  I NEED A HAMSTER  (j’ai envie d’un hamster) au lieu de I NEED A HOT STUFF  ( j’ai envie d’un truc bouillant) cinq ou six fois d’affilée !

Lorsque Guesch Patti se rassit, un membre de l’assemblée lui avoua, entre gloussements sournois et rires diaboliques, combien nous étions fascinés par l’amour qu’elle vouait à nos amis les rongeurs, et il fallut qu’il explicite clairement le fond de sa pensée pour qu’elle comprenne enfin sa méprise pendant que nous nous tenions tous les côtes.Et là, le démon s’empara de mon âme. Je me mis à cafter la boulette à toute la table. Tout le monde riait à gorge déployée, en faisant semblant d’encourager la miss avec le pouce levé en l’air, pour qu’elle en fasse encore plus, et qu’on puisse se moquer encore davantage de sa pauvre carcasse… Et moi je jubilais dans ma vengeance, méchante fille que je suis.

Lorsque Guesch Patti se rassit enfin, un membre de l’assemblée lui avoua, entre gloussements sournois et rires diaboliques, combien nous étions fascinés par l’amour qu’elle vouait à nos amis les rongeurs, et il fallut qu’il explicite clairement le fond de sa pensée pour qu’elle comprenne enfin sa méprise pendant que nous nous tenions tous les côtes.

A ces mots, l’impensable se matérialisa. Elle fondit en larmes. Et entre deux sanglots, elle se mit à nous confier, ses petits yeux de panda pleins de larmes, combien elle se trouvait nulle et se sentait seule, parce qu’à cause de son boulot chronophage, elle n’avait pas de temps pour sa vie sentimentale. Ni pour se cultiver non plus, enfin c’est ce que j’ai imaginé. Deux autres personnes suivirent dans les confidences, et nous finîmes la soirée à écouter le récit de leur existence à peine supportable.

 

Ce soir-là j’ai compris que par la force des choses, cette fille, reflet de beaucoup d’autres avait été mondialisée, lobotomisée puis robotisée. Et qu’on l’avait programmée pour parler, séduire, convaincre, et écraser l’autre. Ne pas cheminer. Ne pas creuser. Juste faire du fric. Du fric elle en a. Mais elle n’est riche de rien. Juste être au top. Pour mieux se jeter dans le vide. Elle sait animer une réunion en anglais, Powerpoint à l’appui, mais elle ne sait pas demander son chemin dans la même langue. Ni comprendre des chansons. Elle ne fait même pas le rapprochement d’ailleurs. Alors, ses phrases ampoulées d’anglicismes ne constituent qu’un vernis, à l’instar de sa séduction agressive, très fast sex, pour masquer un vide intersidéral. Et moi, soudain, je me suis sentie coupable. D’être plus heureuse, et d’avoir jugé sans creuser, comme une dinde, ou comme un gros beauf qui arriverait au boulot en pyjama parce qu’on lui a mis des œillères.

Ce soir-là j’ai compris que par la force des choses, cette fille, reflet de beaucoup d’autres avait été mondialisée, lobotomisée puis robotisée. Et qu’on l’avait programmée pour parler, séduire, convaincre, et écraser l’autre. Ne pas cheminer. Ne pas creuser. Juste faire du fric. Du fric elle en a. Mais elle n’est riche de rien. Juste être au top. Pour mieux se jeter dans le vide. Elle sait animer une réunion en anglais, Powerpoint à l’appui, mais elle ne sait pas demander son chemin dans la même langue. Ni comprendre des chansons.

Et si l’on s’indignait ?

 

Estelle B.