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Les 10 trucs que vous ne pensiez JAMAIS faire en devenant parents… Et pourtant…

Allez à un concert de Tchoupi

Vous avez lu tout Dolto, tout Laurence Pernoud, tout Bridget Jones, et avez écouté les anecdotes de Marcel Rufo tel un enfant à qui l’on chante Petit Papa Noël. Vous avez suivi une psychanalyse afin d’apprendre à vous connaître et mieux appréhender vos démons. Vous êtes quasiment Docteur ès Communication Non Violente. Du coup vous ne pouvez souffrir, au resto, qu’une mère digne de ce nom puisse coller un Blédichef assassin au fruit de ses entrailles, ou qu’un papa gâteau puisse bruyamment réprimer son rejeton sans même s’accroupir pour se mettre à sa hauteur ! Vous vous sentez parfaitement hermétique à la médiocrité parentale et à l’éducation bricolage. Et quand votre tour arrive de passer le flambeau, vous devinez déjà au plus profond de vous la symbiose parfaite avec votre petit être en formation, vous vous sentez infiniment prêt(e), et SAVEZ que JAMAIS il ne vous arrivera À VOUS de :

 

1)   LUI COLLER UNE TETINE DANS LA BOUCHE pour accorder un tant soit peu de répit à vos tympans/ mamelons au bord du suicide. Ça vous disiez « Moi jamais » en toisant vos amis fraîchement esclaves parents céder à cette diablerie de tototte. Pourtant, vous ne rêvez pas : vous êtes encore à la clinique que vous vous surprenez à laisser des messages tantôt implorants, tantôt castrateurs –le sommant de se rendre à la pharmacie la plus proche pour acquérir cette putain de sucette – sur le répondeur de Chouchou qui « manifestement n’est pas disponible pour le moment, mais ne tardera pas de vous recontacter après que vous ayez laissé vos coordonnées, BIIIIIIIIP !!!! » (FUCK YOUR BLOODY MOTHER !)

 

2)   RENIFLER SA COUCHE au resto comme un phacochère en mal d’amour, et bien sûr devant tout le monde, pour savoir si elle est garnie ou non, et si vous allez devoir momentanément abandonner votre fondant 3 chocolats pour vous occuper du sien…

 

3)   Regarder Les Maternelles sur France 5 l’œil humide, en acquiesçant d’un air compatissant, l’air de « celui/celle qui SAIT » devant les témoignages de jeunes mamans asthéniques qui frisent (dans l’ordre) la schizophrénie, l’abstinence, le divorce/ dépacsage, l’anorexie/boulimie, ou qui frisent tout court d’ailleurs, n’ayant plus du tout le temps de se faire un brush digne de ce nom.

 

4)   Le coller devant les dessins-animés AVANT ses trois ans : LA solution miracle pour prendre sa petite douche sans trop de stress, hurlements ou affres de l’agonie rappelant la brillantissime prestation de Marion Cotillard dans BATMAN  (voir ci-dessous),  et essayer de se faire une tête présentable pour ne pas effrayer ses collègues de boulot.

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5)   DISCUTER EN TOUTE DÉCONTRACTION DE VOTRE ACCOUCHEMENT, épisiotomie, césarienne , de votre périnée, et/ou de la couleur du caca de votre progéniture avec d’autres mamans que vous connaissez depuis à peine 10 minutes, à la sortie de la crèche ou au jardin d’enfants.

 

6)   DÎNER À 18h50 car vous savez bien qu’après avoir donné le bain, nourri, raconté l’histoire des trois petits cochons et chanté trois berceuses à votre petit être, que vous n’aurez plus le courage de vous préparer un dîner décent à vous, parents. Après tout, les pâtes alphabet-jambon haché c’est toujours mieux  qu’une baguette de pain et des Pepitos dévorés à la sauvage comme pour se venger de l’épuisement du lot de tâches quotidiennes. Et en plus, cela vous permet de partager un moment « convivial » avec Chucky.

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7)   FAIRE L’ACQUISITION D’IGNOOOOOBLES PARE-SOLEIL Dora l’exploratrice, Cars, ou pire encore cette mocheté d’Hello Kitty que vous avez toujours considérée comme LA faute de goût du millénaire, juste après les blazers à épaulettes. Mais malheureusement, Agatha Ruiz de la Prada n’ayant pas encore lancé de collection d’accessoires auto, vous vous retrouvez comme tout le monde chez Feu Vert, hésitant entre Dora/ Cars ou des pare-soleil tous noirs qui ferons de vous d’abominables personnes immatures qui renient leur parentalité, et par extension leur petit enfant innocent. Eh oui, le sentiment de culpabilité auto-infligé est le meilleur ami du jeune parent !

 

8)   LUI FAIRE DU CHANTAGE. Exemple : lui promettre un Kinder Surprise s’il daigne embrasser la vieille tante malodorante sosie de Skelettor sans dire BEURK. Et s’il hésite au dernier moment en s’approchant de la vieille femme à barbe au halo fétide, lui brandir discrètement l’œuf sacré en lui faisant un clin d’œil du coin de la pièce pour l’encourager dans sa vaillante démarche. (On précisera qu’évidemment, vous devrez souffrir qu’il s’essuie frénétiquement le visage après cette épreuve, l’en empêcher ferait de vous une mauvaise personne et l’obligerait à suivre une thérapie de 12 ans.)

 

9)    Aller voir Tchoupi en concert. Se souvenir de cette même salle de concert où vous pogotiez naguère dans la fosse sur les grincements des guitares et des mélodieux « Fuck oooooff » du chanteur de Rage against the Machine, ou que vous vous brûliez les doigts sur votre incandescent briquet Cricket en vagissant des « Lenny I want your body !!!!!! » au concert de Monsieur Kravitz. Sauf que dans ce même lieu de débauche passée, mais à une heure moins tardive -14h30- vous vous retrouvez pris(e) au piège, les conduits auditifs épilés par les braillements stridents et assassins de centaines de Gremlins apparemment sous acides, au milieu d’autres parents qui comme vous, ont cédé à la tentation du Malin, et s’épuisent à porter Choupinou/nette sur les épaules – à cause de l’éternel grand type assis juste devant- au son des chants de TCHOUPIIIIII et DOUDOOOOU, qui comme vous le savez sont RIIIIIIGOLO-OH COMME TOUT !!!!

 

10)  Déposer  l’ange béni des dieux chez Mamie pour un week-end décompression. Evidemment, en culpabilisant bieeeeen comme il faut. Puis, une fois dans la voiture, sentir … Sentir que le nœud que vous aviez dans la poitrine se délie doucement… Augmenter le volume de l’auto-radio… Et sentir… Sentir ce petit vent de liberté qui vous prend au corps et s’empare même de votre âme… Ne plus vous contenir… Et vous mettre à chanter, hurler, toutes vitres ouvertes « JE JE SUIS LIBERTINEEEUH, JE SUIS UNE CATIN !!!! » Eh oui, vous étiez sur Radio Noooooos – taaaaaal – giiiiiiie !!!!!!!

 

Parce qu’il ne faut jamais perdre de vue, que l’on soit psychologue ou pas, pédagogue ou pas, que dans la vie, il y a la Théorie ET la Pratique,

 

Et parce qu’encore une fois, mieux vaut en rire qu’en mourir 😉

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Parce qu’il ne faut jamais perdre de vue, que l’on soit psychologue ou pas, pédagogue ou pas, que dans la vie, il y a la Théorie ET la Pratique,

Réponse: peut-être parce qu’ils n’existent pas, Patate…!

Estelle Bee.

De si vilains reptiles

     Le travail au noir pointé du doigt. Cherche-t-on à faire du black quand on a du whiteAssis en tailleur autour d’une table basse dans une pièce encensée, une demi douzaine d’amis et moi même refaisions le Monde après un petit repas Pasta-Vaqueyras bien chaleureux. Mon salon était devenu notre « little Italy », et devant un thé à la menthe maison et un gros cendrier made – bought  – in Marrakech,  les discussions devenaient confidences, et les confidences devenaient confessions. Je me souviens que le sujet le plus épineux portait sur la psychanalyse. Nous étions trois à avoir déjà « consulté », ou s’être « faits suivre » comme on dit. Les mots « déni », « conneries », « enfance », « résilience », « traumatisme »,  « transfert », « souffrance » étaient nos outils pour tantôt nous approuver, tantôt nous contredire. Mais nous étions tous d’accord sur un point : qu’il fallait creuser très profond, quitte à se faire mal, pour s’éloigner de l’enfant afin d’être l’adulte, pour démêler les nœuds émotionnels qui empêchent d’être vraiment soi, d’être là où l’on doit être. De trouver notre place. Creuser. Profond. A la racine. Vers l’épicentre. Jusqu’au noyau.

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Tout s’explique

 

Je repensai aujourd’hui à cette soirée-là. Je m’interrogeais. Me faisais les questions et les réponses. Doit-on creuser pour tout ? Pour chaque problème ? Même pour un souci qui ne relève pas de l’Humain ? Un souci matériel par exemple ? Vu que le matériel est géré par l’humain cela paraît logique. Chaque poussière s’explique. Chaque grain de sable. Chaque relief. Chaque grossière feuille de salade mi cuite servant tragiquement de lit à une entrecôte au bistrot du coin. Même le chanteur Raphaël. Tout s’explique !

Et soudain vint à moi cette idée : si tout s’explique, et qu’on arrive à tout s’expliquer, à tout comprendre, on est donc en mesure de tout réparer, de tout résoudre ! Mais bordel pourquoi nos ministres ne sont-ils pas assistés par des psychanalystes ??? Cela leur éviterait peut-être d’expliquer la crise européenne par des phénomènes aussi anciens que le dernier Kelly de Victoria Beckham, ou le dernier popo de mon petit neveu. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, une des théories les plus fabuleuses qu’un ministre ait trouvé pour expliquer la crise est LE TRAVAIL AU NOIR. Comme s’il y avait eu le Big Bang, le Travail au noir, et la Crise. Comme s’il n’y avait aucune complexité. Comme si le travail au noir était une sorte de maladie orpheline surgie de rien. Juste posée là. Mais par personne.

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Alors creusons…

 

jurassiqueCela m’a donné envie de comprendre, de remonter loin. Aussi loin que mes représentations de la Vie pouvaient aller. Figurez-vous que je suis remontée à l’ère du Jurassique. Là, j’ai copiné avec des Trycératops, me suis acoquinée avec des Tyranosaures, j’ai survolé les volcans à dos de Ptéranodon, et j’ai même vaguement flirté avec un diplodocus, mais c’était juste après avoir chanté Could you be loved sur une plage avec Bob Marley…Et là, j’ai tout compris. TOUT.

Car comme chacun sait, les dinosaures, tout comme nous, en ont bavé dans leur vie : ère glacière, astéroïdes, volcans en éruption. Ils ont du s’adapter. Par exemple, certaines familles d’iguanes, aujourd’hui encore, gardent les stigmates de cette adaptation forcée…

TOUT comme nos travailleurs au noir!

En effet, rappelez-vous de la première image du film Océans de Jacques Perrin : un iguane « marin » qui marche sur les rochers, plonge dans l’océan pour aller se nourrir de petites algues qu’il trouve dans les fonds sous-marins. Pour cela, il se met en danger de refroidissement pouvant aller jusqu’à l’arrêt cardiaque. Après cette énorme prise de risque qu’est son simple repas, il est obligé de s’agglutiner à ses pairs contre un rocher quatre ou cinq heures durant, pour se réapprovisionner en chaleur et recracher l’iode qui obstrue ses sinus. Si c’est pas une vie de galère çà !!! Comme tout reptile, l’iguane est avant tout un animal  à sang froid qui a grand besoin du soleil pour se chauffer. Alors pourquoi diable prend-il autant de risques pour boulotter des algues dans un univers hostile, alors qu’il pourrait juste, comme d’autres iguanes le font, marcher tranquillement au soleil et grignoter des cactus avant d’aller faire une sieste ? Croyez-vous franchement qu’un animal, dans son instinct le plus profond, le plus basique, choisit délibérément de se compliquer l’existence ?

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Pourquoi se mettre en danger?

 

iguane mangeCar l’iguane est avant tout un animal terrestre. Pareil à nos grands-parents à nous, il coulait naguère des jours heureux à œuvrer en surface, et se contenter de sa vie toute simple. Seulement, éruption après éruption, la flore terrestre finit par disparaître dans les parages. Presque tous les iguanes périrent. Presque, sauf quelques irréductibles qui allèrent chercher dans l’obscurité des fonds marins ce que la terre avait cessé de leur offrir. Leur survie ne tint plus qu’à la capacité exceptionnelle de certains d’entre eux à tenir en apnée, presque une heure. Ainsi la petite tribu résista. Et même si leur vie quotidienne devint une galère, ils étaient toutefois obligés de galérer pour survivre. Ce cercle vicieux vous dit peut-être quelque chose… ? Mais même dans leur misérable existence, ils trouvèrent la force de se reproduire… Leurs progénitures, ayant forcément hérité des gènes gagnants de leurs deux parents devinrent naturellement des « iguanes marins », qui à leur tour engendrèrent d’autres iguanes marins, et ainsi de suite…

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Au nom de la survie

 

Va-t-on chercher dans l'obscurité ce que l'on peut trouver dans la lumière?Ainsi évolua l’espèce. Mais les nouvelles générations ne surent jamais que leurs aînés avaient du s’adapter, contraints et forcés de s’engloutir à leurs risques et périls, non pas dans le but de pâturer sur une herbe plus verte – ici il n’est en aucun cas question de choix – mais d’empêcher que la mauvaise conjoncture biologique ne vienne à bout de leur espèce.

Dirigeants, faites-vous assister. Faites vous suivre. Parce que dans votre profonde ignorance, vous nous mentez. Nous faire penser qu’untel travaille au noir pour s’en mettre plein les fouilles est faux. Car précisément, quelqu’un qui s’en met plein les fouilles n’a pas besoin de travailler dans l’obscurité.

On ne travaille pas heureux quand on travaille caché. De plus en plus de grecs, italiens, espagnols, français font du black parce qu’il n’y a plus de white. Croyez-vous qu’un européen suffisamment payé pour manger, se loger, s’habiller, prendre des vacances, et mettre quelques sous sur un modique livret, ressent par lui même le besoin de plonger dans le noir le week-end au lieu de se reposer et profiter des siens ? Va-t-on chercher du pain noir quand on a du pain blanc ?

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Si, tels des iguanes marins, nous allons de plus en plus profond pour aller chercher quelques algues, avec les risques que suppose cette immersion, c’est que nous n’avons plus de cactus. Pourquoi prendre le risque d’aller en prison quand on peut juste … ne pas le prendre ? Je me souviens pourtant que nos terres n’ont pas toujours été arides. Où sont donc passés tous nos cactus ??? Pourquoi ne dit-on pas franchement que nos salaires sont tragiquement bas par rapport au coût actuel de la vie ? Que deux solutions aussi basiques qu’un cerveau de dinosaure s’offrent à nous : indexer les salaires sur le coût de la vie, ou indexer le coût de la vie sur les salaires. Augmenter ou baisser, deux solutions. Les iguanes, eux, n’ont pas eu cette chance. Je suis sûre que les travailleurs de l’obscurité ne demandent qu’à en sortir, pâturer Travail au noir: l'instinct de survieenfin dans leur environnement naturel, tourner le dos à l’hostilité des profondeurs. Qu’on leur en donne les moyens légaux. Qu’on leur vienne en aide. Car les gens modestes n’ont pas, eux, les moyens de contourner le système en toute légalité. Et d’après certains dirigeants, ce sont donc eux les tricheurs, les vils. Les responsables. On les montre du doigt comme des créatures maléfiques et rabougries tout droit sorties d’un Harry Potter. Voyez-les plutôt comme de gros reptiles à écailles à la colonne vertébrale épineuse : c’est tout aussi effrayant, mais on moins ça explique bien plus de choses. Sachez tout au moins que ce ne sont pas eux qui réduisent votre pouvoir d’achat…

Estelle Bee.