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LE BAL DES HYSTÉROS: les femmes et les enfants d’abord…

Et puis un jour, tu tombes sur une pub merdique à la télé qui vend des assurances-vie, et là, sans prévenir… tu chiales ta race ! Tu ne peux plus t’arrêter, tu ne te comprends pas, puisque tu n’es pas triste… Et … tu as honte de toi.

Tu es bien imparfaite, mais ce que l’on ne pourra pas t’enlever, c’est ta nature joviale et ton sens de la dérision. Les larmes de bonheur, pour toi, c’est un oxymore, une contradiction.  Pour toi les pleurs sont synonyme de chagrin, du cœur qui se craquèle devant l’injustice, après le deuil, ou l’amour perdu. Ça, tu connais bien. Ta mère te dit d’ailleurs dans ces moments-là que le jour où tu seras maman tu t’endurciras devant l’adversité. Mais quand tu regardes toutes ces dindes à la télé qui fondent en larmes parce qu’elles viennent de gagner une couronne hideuse , une écharpe tricolore et une Twingo vert pomme après un concours de beauté, tu as juste envie de les gifler très fort à coups de raquette de ping pong. Parce que toi, lorsqu’un instant de bonheur daigne s’offrir à toi, tu as juste envie de faire des bonds à la manière de Skippy le kangourou et de zouker en hurlant Netwoyééééé, balayéééééé, astiquééééé casa toujouw pimpante !!!!!!!  dans une folie communicative. Tu exècres la mièvrerie. Plutôt crever que chialer devant un coucher de soleil main dans la main avec Chouchou. Beuah.

 

Et puis un jour.

 

Et puis un jour tu apprends que tu n’es plus seule dans ton corps. Ça t’était déjà arrivé avant, mais pas plus de trente-cinq minutes montre en main…! Tu es heureuse, mais tu ne pleures pas, ça non ! Tu te sens bizarre, habitée, et quelquefois sauvagement squattée quand ça tiraille, quand ça fatigue à mort, quand « ça travaille » comme disent si poétiquement les grands-mères…

Mais tu ris, tu tournes en dérision ton corps épanoui par la peau d’orange –qui, après expulsion de l’objet, deviendra bien amère-, tu te surnommes Mama Africa à la vue de ton inespéré 90D. Un matin, tu te réveilles avec le mot « Mortadelle » en tête, gimmick obsessionnel qui te réveillera en pleine nuit, et qui règnera sur ton alimentation jusqu’à la fin…

Et puis un jour, tu tombes sur une pub merdique à la télé qui vend des assurances-vie, et là, sans prévenir… tu chiales ta race ! Tu ne peux plus t’arrêter, tu ne te comprends pas, puisque tu n’es pas triste… Et … tu te trouves affligeante.

 

Et puis un jour, ta baudruche se rompt… A l’hosto, tu la joue ironique, le seul truc qui t’obsède, c’est que la sage-femme ne soit obligée de dégainer une paire de ciseaux à volaille qui sonnera le glas de ta féminité la plus impudique. Tu ne penses qu’à ça, tu imagines le bruit d’un gigot cru que l’on tranche, tu es terrorisée. Mais lorsque la chose sort de toi, tu t’aperçois que c’est TON enfant, tu le reconnais tout de suite, C’EST LUI, C’EST SÛR PUTAIN DE MERDE ! Et là, pour la toute première fois toute toute, tu étouffes un vagissement, et de tes yeux ébahis giclent des seaux de larmes… de bonheur. Et tu n’en as même pas honte, tu t’en fous, parce que de toute façon tu n’es pas vraiment en état de zouker.

 

Cet état de grâce durera quelques jours ou semaines durant lesquels tu regarderas ta création, remplie d’un amour si puissant qu’il fait presque mal.

Mais lorsque la chose sort de toi, tu t’aperçois que c’est TON enfant, tu le reconnais tout de suite, C’EST LUI, c’est sûr putain de merde ! Et là, pour la toute première fois toute toute, tu étouffes un vagissement, et de tes yeux ébahis giclent des seaux de larmes… de bonheur. Et tu n’en as même pas honte, tu t’en fous, parce que de toute façon tu n’es pas vraiment en état de zouker.Puis un jour vient le temps de l’épuisement. Tu ne sais plus où tu habites, puisque tu zones, à des heures improbables, désespérée de ne pouvoir calmer ce petit être qui te pompe toute ta foutue énergie. Ton appart c’est Beyrouth, tes cheveux sont gras, tes mamelles énormes en granit (il ne leur manque que la parole), tu traines en peignoir en attendant que le marchand de sable anesthésie ton amour de tyran  et que tu puisses enfin aller prendre une douche, de laquelle tu sortiras bien sûr en catastrophe pleine de mousse pour nourrir Kubiac qui s’essaye au contre ut, comme par hasard… Tu ne veux plus de visites, trop crevée et malodorante de l’épaule droite, celle que tu as sacrifiée aux « rototos retour à l’envoyeur ». Dans les moments les plus noirs, tu te dis que si la petite chose n’était pas là, tu feuillèterais bien un Voici bien putassier avant d’aller faire une sieste de 92 heures, et tu rêves de ta vie d’avant, de plage, de soldes, de concerts, de Mojitos, tu en crèves comme un rat. Puis tu culpabilises, surtout après être allée fumer une demi-cloppe sur la terrasse en pensant que les infanticides ne doivent pas être commis que par des femmes schizophrènes, mais aussi par des nanas lambda qui craquent et déboulonnent en une fraction de seconde, avant de découvrir, atterrées et à jamais brisées, l’épouvantable conséquence de leur acte. Tu t’en veux de ces pensées indicibles, tu te détestes, et tu te retiens d’aller réveiller ton petit être fragile pour lui demander pardon en enfouissant ta tête en son sein. Tu as oublié l’existence du mascara puisque tu finis toujours par ressembler à Kung Fu Panda, à force de sangloter. Tu te fais pitié. Parfois tu voudrais dormir, dormir, dormir… pour toujours. Personne ne semble comprendre le bordel cataclysmique qui pollue ta tête de jeune maman qui n’a pas le droit d’être éreintée et moribonde, tu les emmerdes tous anyway.

Culturellement t’es à la ramasse, parce que quand tu as une minute, tu cours t’envoyer Morphée -le seul mec sur lequel tu fantasmes- au lieu de lire le Monde Diplomatique.

 

Un mois avant la reprise du boulot, ta réserve laitière se tarit, et tu le vis comme si le monde s’effondrait, et que désormais ta présence face à ta progéniture tant aimée perdait son sens. Le matin de la reprise, ton lutin ne se laisse pas habiller, hurle, te met en retard. Du coup tu le jettes à la crèche et fonces au taf pour te retrouver face à l’expression pincée et clairement réprobatrice de ta chef qui t’attend, facétieuse, devant la porte. Et à ce moment précis, tu voudrais répondre à son air irrité en lui hurlant ta rage et ton désespoir au point de lui avaler la tête à la manière d’une veuve noire après l’accouplement. Tu as du mal à retrouver une vie sociale. Tu vois mais tu ne regardes plus, tu entends mais n’écoutes plus vraiment…

 

Jusqu’au jour où, à la télé, tu vois Alessandra Sublet, qui sort de deux semaines de repos post-natal à Saint Barth, repos bien profitable puisqu’elle y a pondu un bouquin pour évoquer son baby blues afin que « les femmes ne se sentent plus isolées dans leur lourd passage dépressif ». Merci AlessJusqu’au jour où, à la télé, tu vois Alessandra Sublet, qui sort de deux semaines de repos post-natal à Saint Barth, repos bien profitable puisqu’elle y a pondu un bouquin pour évoquer son baby blues afin que « les femmes ne se sentent plus isolées dans leur lourd passage dépressif ». Merci Aless. Elle nous explique combien son homme est for-mi-da-ble ainsi que sa hiérarchie, qui désormais accepte qu’elle ne travaille que 3h30 par jour. Et à la question : « Et si cela n’avait pas été possible, qu’auriez-vous fait ? », elle répond « J’aurais arrêté de travailler sans hésiter ! » Ah ben oui, merde, j’y avais pas pensé ! Te dis-tu en essayant d’imaginer la tête de ton homme si tu lui proposais de ne vivre que sur son seul salaire. Alors Alessandra Sublet, t’as juste envie d’aller lui exploser ses dents de lapin en un coup franc en lui hurlant à mort Fuck your bloody mother avant de déféquer allègrement sur son livre.

Et puis un jour… Ces passages-là, tu les évoques en riant avec tes amis retrouvés. Tu ne dis pas que tu avais mal au plus profond de toi, tu dis que t’étais à l’ouest. Ni que tu t’es tapée une sérieuse dépression, tu préfères parler des hormones en chute libre. Tu emplois souvent le mot hystéro -c’est plus rigolo- maintenant que tu arrives à faire des nuits complètes de six ou sept heures. TU RENAIS à la vie, mais tu voues un amour empirique à toutes les femmes de la terre (sauf Alessandra Sublet). Et surtout, surtout, tu ne chiales plus !!! Tu redeviens toi, la bad girl.

Le temps passe, guérisseur.

 

Et puis un jour, ton mini toi devient écolier. Tu lui commandes un super tablier Made in France qui te coûte un avant-bras pour marquer classieusement son entrée dans L’AUTONOMIE DE LA PENSÉE. Tu te surprends même à coudre des oursons sur son kit dodo, pathétique… Plus les jours s’égrainent avant le lâcher de l’oisillon, plus tu as la sensation d’avoir gobé une bille en fer qui s’est coincée juste là, sous ton sternum. Parce que ce qu’il se passe, c’est que tu te reprends ces trois dernières années en flashes-back si fort dans la poire que tu peines à comprendre ton malaise. Ai-je fait suffisamment ? Qu’est-ce que j’aurais pu faire mieux ? Tu penses que ta période de zombie post-partum a passablement fait dévier ta vision de l’instant, et vos premiers contacts. Tu comprends aussi qu’il n’y aura jamais de retour en arrière, que c’est comme ça. Qu’un jour il embrassera une fille, qu’il aura son bac, qu’il vivra des émois qu’il ne montrera pas toujours, et tu ne pourras rien y faire, qu’il t’embrassera sur le front en continuant à te dire « ma petite maman », ou qu’il sera plus pudique et aura honte de tes assauts, qu’un jour lui aussi il pestera devant son réveil à l’heure d’aller au taf, et que peut-être, ses yeux s’embueront aussi le jour où il reconnaitra instinctivement un petit être qui déploie ses poumons à la vie. A cette pensée, tes cils inférieurs croulent à nouveau sous le poids. Tu comprends que tu ne peux lutter, qu’il faut que tu lâches tout ça. Tu penses à ce petit bout qui t’a dit la veille de son envol qu’il voulait être vétérinaire pour les animaux, et tu comprends pourquoi tu n’as pas corrigé le pléonasme.

 

Parce que qu’il soit vétérinaire, pompiste, escort boy, et même criminel, tu comprends que tu l’aimeras d’arrache-cœur jusqu’à ce que tu crèves enfin, et encore, c’est pas dit que tu arrêtes à ce moment-là, t’es plutôt du genre tenace…

Je dédie cette chronique à toutes les hystéros qui voudront bien se reconnaître, ainsi qu’à toutes les autres…Parce que qu’il soit vétérinaire, pompiste, escort boy, et même criminel, tu comprends que tu l’aimeras d’arrache-cœur jusqu’à ce que tu crèves enfin, et encore, c’est pas dit que tu arrêtes à ce moment-là, t’es plutôt du genre tenace…  Je dédie cette chronique à toutes les hystéros qui voudront bien se reconnaître, ainsi qu’à toutes les autres…

 

Estelle Bee.