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Chasse au burkini: LA technique infaillible pour mater sur la plage

Burkini

Voilà. Cela fait presque deux mois. Et aujourd’hui, je commence à avoir mal aux oreilles, aux lobes temporaux, mais aussi à ma feuille d’impôts. Car si j’ai bien compris, une partie non négligeable de mes revenus durement gagnés consiste à payer de hauts fonctionnaires en mal de notoriété pour qu’ils nous donnent,  le jour comme la nuit, et en continu, leur misérable point de vue sur le port du burkini sur nos bonnes vieilles côtes françaises. Et ce, pendant que les plus petits fonctionnaires, ceux qui portent l’uniforme bleu, vivent d’insoutenables journées de labeur qui consistent à ratisser nos plages dans le seul but de mater des culs et des nichons toute la sainte journée aux frais de l’Etat s’enquérir de la bonne tenue des citoyennes venues se rafraîchir en ces temps caniculaires. On se croirait pour le coup dans un épisode des gendarmes de Saint Tropez…

 

Bourse(s) au mérite

Force est d’admettre en ces temps troublés que les policiers n’avaient pas démérité. Depuis les boucheries successives perpétrées au nom d’un dieu que personne n’a jamais vu, une pression grandissante pesait sur leurs carcasses, et leur temps de loisirs s’était vu peu à peu élimé par les réunions à la chaîne, conférences et autres formations sur les nouvelles directives du Ministère de l’Intérieur en matière de sécurité nationale. Beaucoup de cas de burn out furent d’ailleurs dénombrés depuis. C’est pourquoi, je ne suis pas mécontente de les savoir à ce jour récompensés pour leur bravoure. En temps de guerre, il faut savoir remonter le moral des troupes afin que chaque combattant ait à coeur de puiser au plus profond de lui-même le courage de tenir bon… pour la France, of course.

 

Le travail c’est la santé

À en croire des sources parfaitement aléatoires, nombre d’agents de police auraient écourté leurs traditionnelles vacances en famille afin de prêter main forte aux malheureux collègues qui n’avaient pas eu la chance de bénéficier de quelque pause estivale pour souffler, et s’étaient vus confier cette lourde mission de surveillance de haut vol. Une preuve d’altruisme inouïe qui, une fois de plus, nous démontre que la Police est une grande famille. Il se murmure même que les propositions d’heures supplémentaires abondent à un niveau record depuis la mi-juillet, et que les volontaires, si déterminés qu’ils sont dans cette lutte acharnée pour la sécurité et la défense des libertés de notre pays,  ne réclament même plus de majoration horaire.

Il demeure néanmoins une ombre au tableau puisqu’à ce jour, une bonne centaine d’épouses d’agents se seraient plaintes des répercussions de cette mission sur la santé de leurs compagnons. Nombres d’entre eux seraient à ce point investis dans leur tâche qu’ils seraient dans l’incapacité totale de décrocher durant leurs journées de repos. Ainsi, Viviane F, compagne d’un agent basé sur une grande plage varoise aurait révélé que son fiancé ne serait plus le même depuis la polémique: « Je ne le reconnais plus. Dès qu’il foule un sol sableux, il se met instinctivement à l’affût et ne peut s’empêcher de s’infliger de constants allers et venues sur la plage. Il est désormais incapable de se détendre. » Marie-Christine B enfonce le clou, scindée entre fierté et inquiétude lorsqu’elle témoigne à son tour:  » Quand j’ai demandé à Gérard de décrocher le temps d’un week-end, il m’a répondu qu’il fallait que je comprenne qu’il faisait tout cela pour la France. Et pourtant, nous nous trouvions sur une plage du Cap d’Agde, c’est dire s’il prend sa mission à coeur. »

 

Une journée type

L’agent chargé de veiller à la bonne tenue des citoyennes sur la plage n’est pas choisi au hasard. Il est recruté pour son grand discernement, puisqu’il doit être en capacité visuelle de faire la différence entre un bikini, un trikini, un burkini ou un tanga dès le premier coup d’oeil, c’est dire s’il doit être affuté. Mais, dureté du climat méditerranéen oblige, son oeil de faucon serait mis à dure épreuve ces derniers temps en raison des vagues de brume de chaleur qui font rage sur nos plages. Ainsi, afin d’éviter toute confusion ou omission, chaque policier passerait en moyenne une vingtaine de secondes par paire de fesses/ nibards citoyenne afin d’être certain de se trouver face à un sujet en string ficelle, et non à une facétieuse porteuse de burkini couleur chair. Pour faire passer le temps qui s’égraine au compte-gouttes, les agents de police des plages échangeraient sur le temps qu’il fait, la mondialisation, les différentes marques de glacières, et la faune sous-marine… C’est un des avantages de l’être humain sur les animaux: lorsqu’une situation devient insoutenable, il est capable de détourner sciemment l’attention de son prochain afin de le protéger d’une dure réalité. Et c’est ce que fait le gouvernement français via ses putassiers médias: détourner notre attention de l’échec et la corruption politique en nous faisant tourner les mêmes images de burkini en boucle depuis deux mois. Et le pire, c’est que ça fonctionne toujours aussi bien!

 

Contre le détournement de l’actualité à des fins de dissimulation politicienne

 

Inidignons-nous!!!

 

 

Estelle Bee.

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-on être jeune ET de droite aujourd’hui (sans déconner)???

Peut-on être jeune ET de droite aujourd'hui (sans déconner)???

Cartier-Bresson, 1969

Elle avait l’oeil humide et la voix chevrotante tellement elle en était émue. Et c’est avec une indicible fierté que l’une de mes amies, que nous appellerons Marianne ;), m’annonça que Loulou, son gentil mari, s’était enfin décidé à s’engager dans la vie politique en prétendant au poste de maire de sa petite bourgade de province. Et telle une Jacky Kennedy en herbe, elle passait en revue le contenu bien trop baba cool de son dressing avec un mélange d’inquiétude et d’excitation.

–       Tu vois, là, je vais devoir investir, parce que toutes ces couleurs, c’est plus possible ! Tous les conseils sont donc les bienvenus hein !

Elle me dit cela avec un petit clin d’œil complice qui me donna l’agréable sensation d’être une espèce de Carry Bradshaw à la mode de Caen (et surtout de quand ?). Cependant, cette résolution soudaine me dérangea quelque peu.

–       Mais ça ne te frustre pas d’abandonner un style qui te correspond complètement, qui est tout à fait toi, juste parce que Loulou va se saper pour distribuer des tracts au marché entre les saucissons d’âne et les grigris africains?

–       Non tu sais, c’est très sérieux ! Cela fait longtemps qu’il y pense. On en a parlé des nuits entières, tu sais. Et moi, je veux faire honneur à son engagement. Qu’est-ce que tu penses de ça ? Je les avais achetées pour les obsèques de ma tante, je ne les ai portées qu’une seule fois.

Elle fait glisser son pied dans une chaussure vernie absolument immonde à bout carré ornée d’une boucle sur le devant, un modèle que même Roselyne Bachelot trouverait mémère. J’essaye de garder mon sérieux.

–       Heu… Je ne suis pas sûre que ça te corresponde. Après tout, tu connais tout le monde ici, et tous les gens te connaissent telle que tu es. Pourquoi te travestir ?

–       Tu comprends, je ne pourrai plus porter ÇA !

Elle me tend un sarouel couleur moutarde délavé au niveau des genoux.

–       Heu, oui, effectivement, celui-ci, tu peux éviter ! Mais pas pour les raisons que tu crois !

Nous éclatons de rire. Et soudain, une question vient à mes lèvres, et je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi je n’ai pas commencé par cela. Suis-je devenue si superficielle ? Pensais-je détenir déjà la réponse ?

 

–       Mais Marianne, au fait, il se présente sous quelle étiquette ton homme ?

–       UMP.

–       UMP ? Pfffft, t’es conne !!!!

Je prononçai ces mots en me marrant comme une baleine défoncée au crack, jusqu’à ce que je comprenne, à l’impassibilité du visage de Marianne,  qu’en réalité, il ne s’agissait pas du tout d’une boutade. Merde ! L’image des affreuses chaussures vernies Méphisto vint soudain éclairer mon esprit – ou l’embrouiller, je ne sais plus trop- ainsi que l’improbable raie sur le côté et les chemises Vichy du jeune Loulou. Et c’est à cet instant que cette réflexion sortit de ma bouche :

–       UMP ? Mais pourquoi ???!! Il a tout juste 35 ans !

–       Heu… Je ne vois pas le rapport…

 

Évidemment, je ne me lançai pas dans une explication détaillée de ma pensée ce jour-là, d’autant que j’eus besoin de quelques semaines pour la faire décanter. Car tous les jours qui suivirent, cette grande question vint m’habiter :

 

« PEUT-ON, DE NOS JOURS, ÊTRE JEUNE ET DE DROITE ? »

 

Tout d’abord, il faut considérer que cette question n’a pas sa réciproque. Il n’existe pas, à ma connaissance (et heureusement), une frontière d’âge où l’être humain subit une transformation génétique qui le pousse inéluctablement à voter UMP, et ce, même s’il se nourrit vraiment très très mal. Mais pourquoi le fait de défendre des idées de droite quand on fait partie de la génération X ou Y confère tout de suite au jeune des airs de heu… vieux con ?

 

1.

Parce que le jeune a tout l’avenir devant lui.Le fait d’avoir du temps devant soi est source d’espoir d’un mieux-être dans un monde idéal et égalitaire. La désillusion, quant à elle, entraîne un repli sur soi, et une nostalgie de « sa période de gloire ». De là, nait le « c’était mieux avant », puis la hantise de la modernité, et la « peur du jeune » que l’UMP sait si bien exploiter via sa politique sécuritaire ultra-alarmiste.

2.

Parce qu’il a vu ses vieux trimer et si bienheureux de partir ENFIN à la retraite à 60 piges. De fait, il n’a pas forcément une envie transcendantale de se taper 5 ans de plus pour rembourser la dette de son pays.

3.

Parce que le jeune n’est pas censé se réjouir qu’un patron ait le droit de le jeter tel une petite crotte malodorante pour des motifs complètement fallacieux voire carrément inexistants, comme le demande si vivement le délicieux patron du Medef, Pierre Gattaz

4.

Parce que le jeune se souvient encore de ses camarades d’école, y compris de Kader et d’Elies avec qui il s’est bien marré en 4ème et 3ème, et que par conséquent, il ne ressent aucun froid dans le dos lorsqu’il croise un vilain sarrasin (dit « basané » par les vieux votants UMP)

5.

Parce que le jeune a quasiment toujours connu les « 35 heures », et que cette réforme -qui fut un progrès social pour ses parents- fait partie de sa « normalité ».

6.

Parce que le jeune a quotidiennement autre chose à foutre, normalement, que médire sur les homos, les étrangers et tous ceux que l’UMP montre du doigt dans sa croisade contre la perte des valeurs familiales et de l’assistanat. Le jeune a déjà bien assez à faire avec ses soucis de bouclage de fin de mois, de quête de baby-sitters en urgence, et d’ulcère de l’estomac.

Merci Ludo pour cette création;)

Merci Ludo pour cette création;)

En conclusion

Je me suis donc aperçue que les jeunes votants UMP étaient, pour beaucoup, des fils ou filles de chefs d’entreprises à la retraite qui ne font que répéter mécaniquement les discours qu’ils ont distraitement entendus devant le gigot-flageolets du dimanche. Et c’est d’ailleurs le cas pour Loulou. Que les salariés ont trop de droits blabla blabla… Ils ne saisissent pas qu’intrinsèquement, un salarié bien protégé par les lois est une personne qui garde l’assurance d’un pouvoir d’achat, et c’est donc un client potentiel pour leur entreprise. Il ne comprennent pas que fragiliser ces acquis reviendrait à envoyer un boomerang bien tranchant droit devant eux? A part LVMH ou Carrefour, qui peut se permettre de faire fi de cette conséquence?

D’autre part, j’ai trouvé également des votants UMP chez les jeunes smicards ou petits salaires, ceux qui ne bossent que pour payer leurs factures, et qui sont sensibles aux discours séparatistes de la droite décomplexée qui leur fait croire que leur situation va sensiblement s’améliorer quand on aura coupé les alloc de tous les « assistés » qui gagnent plus qu’eux sans bosser. Ils sont en colère, mais certes contre les mauvaises personnes.

En 2007, Sarkozy a été élu sur une politique d’austérité. On nous a dit qu’il fallait « se retrousser les manches » et, tels de gentils moussaillons, écoper sévère pour sauver le vieux rafiot du naufrage. On nous a dit qu’il fallait « se lever tôt » pour foncer à la proue, et que moisir au chômage englué sur son clic-clac, c’était mauvais pour ledit rafiot. On nous a dit qu’il fallait faire preuve de patriotisme, et qu’accueillir toute la misère du monde, c’était se condamner à finir 20 000 lieues sous les mers. On nous a expliqué que l’érosion de nos acquis sociaux était la seule façon d’éviter les récifs délimités par la Communauté Européenne. On nous a dit de nous méfier des pirates en survêt’ et casquette qui menacent la ménagère et créent une économie parallèle néfaste au redressement du drapeau. Oh oui, ça, on nous a bien divisés… On a ramé, on a pagayé, on a écopé, et on a eu Copé…

Pourtant, (et c’est là, jeune votant de droite, que tu dois te concentrer!) on a omis de nous mentionner que tout en-haut, à la vigie du rafiot, certaines personnes étaient exemptées de tous efforts. On a omis de nous expliquer que cette injustice était due au fait que ces personnes étaient garantes de la nomination du capitaine du navire, qui en retour, leur permettait de rester à la vigie bien à l’abris, et de maintenir les gens dans la galère.

Enfin, et surtout, on a bêtement oublié de nous dire qu’en réalité, en vrai, on nous demandait de rembourser une dette dont nous n’étions pas responsables. Que depuis 1973, la loi dite « de Rothschild » interdisait à l’état de se prêter de l’argent à lui-même -via la banque de France- à taux zéro, et l’obligeait à emprunter à des banques privées aux taux exorbitants. Tout cela parce que Monsieur Pompidou avait eu à l’époque des relations privilégiées avec les Rothschild. Sans cette loi, nous ne serions pas plus endettés qu’en 1978 (voir graphique) On a également oublié de nous mentionner que l’évasion fiscale des barons du CAC 40 représentait 60 à 80 milliards d’euros par an de manque à gagner, et qu’apparemment, personne ne voulait affronter l’ennemi sans visage, pas même ceux qui se réclament de gauche pour la simple raison qu’ils ont deux mains gauches, et peut-être même deux couilles gauches.

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Alors, on nous dit que le problème vient de nous. Que nous abusons des Doliprane, que nous consommons trop de Xanax, que nous allons trop souvent chez le kiné, que nous abusons des congés maladie, que nous sommes des putain de chapardeurs. C’est pas bien d’être malade, et encore moins d’être chômeur. Toutefois, il me semble qu’un parti politique qui base l’essentiel de son programme sur la DIVISION DES GENS QUI COMPOSENT UNE MÊME SOCIÉTÉ veut forcément régner pour les mauvaises raisons. En tout cas pas celles qu’ils donnent à leurs jeunes -et moins jeunes- électeurs. 

ENSEMBLE, INDIGNONS-NOUS!!!