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« FROGLAND », ou le pays où les grenouilles ont de l’eau jusqu’au cou…

« Frogland », ou le pays où les grenouilles ont de l’eau jusqu’au cou…un matin, je découvris quatre minuscules grenouilles gisant au fond du bocal le ventre en l’air, donc apparemment pas très en forme. Leurs mutants de frères et sœurs, indifférents à la tragédie, semblaient couler de paisibles heures agglutinés les uns aux autres contre la paroi du bocal, tels des hippies attendant un concert de Lennon sur les pelouses de Woodstock. J’avais 14 ans. Quand je les vis, s’agitant dans cette mare d’eau au cours d’une balade dans les collines qui surplombent les barres HLM du quartier de mon enfance, je décidai d’en adopter quelques uns. Pas seulement parce que mon petit frère trépignait à l’idée de les exhiber fièrement à ses copains, mais surtout, je l’avoue, parce qu’ils me rappelaient les schémas de mes cours de SVT sur la reproduction, LE cours que nous attendions tous fébrilement dès notre arrivée en quatrième, et pendant lequel nous ricanions comme des hyènes pendant que le professeur nous projetait, avec un sérieux admirable, la coupe transversale d’une verge humaine d’un mètre cinquante. C’est ainsi que nous repartîmes avec environ trois douzaines de têtards frétillants dans un sachet plastique.

 

Littéralement hypnotisées par le ballet qui s’offrait à nous dans l’aquarium improvisé, une camarade de classe et moi échangions philosophiquement sur le sujet :

 

« Wow, t’imagine la taille des boules du type qui a des spermatozoïdes aussi gros !

-Ouaaaais, c’est le géant vert le mec !!!

-C’est claaaaair !!!!!! Et tu crois qu’il fait « Ho ho ho » quand ça sort ????!!!

-Naaan, ça c’est le Père Noël !!!

-T’es conne !!! »

 

Une fois par semaine, je plongeais des algues au fond du bocal afin d’alimenter « mes bébés », mais ce soir-là, je remarquais leur métamorphose. De petits bourgeons latéraux avaient poussé et leur donnait une allure hybride, un peu comme l’adolescente que j’étais alors. Sauf que mes bourgeons à moi étaient blancs cerclés de rouge, et se concentraient périodiquement sur mon front, voire juste sur le bout de mon nez lorsque je cédais à la tentation du Malin personnifié en un saucisson sec au poivre. Bien souvent ils finissaient lamentablement explosés contre le miroir de la salle de bain. J’étais une ado classique.

C’était deux semaines avant le drame.

 

Car un matin, je découvris quatre minuscules grenouilles gisant au fond du bocal le ventre en l’air, donc apparemment pas très en forme. Leurs mutants de frères et sœurs, indifférents à la tragédie, semblaient couler de paisibles heures agglutinés les uns aux autres contre la paroi du bocal, tels des hippies attendant un concert de Lennon sur les pelouses de Woodstock.

 

Sélection naturelle ! Me dis-je, insouciante, en songeant à la vidéo que nous avions étudiée en cours, et pendant laquelle on nous avait expliqué que des millions de spermatozoïdes restaient sur le carreau après la fécondation de l’ovule.

 

Le lendemain, quatre autres malheureuses avaient manifestement rencontré la faucheuse, et elle ne les avait pas loupées. Je commençai à me dire que peut-être, quelque chose clochait. Je changeai l’eau, dans le doute. Mais les jours se succédaient et se ressemblaient. Woodstock s’était changé en Verdun, et je manquais de munitions. Je modifiai leur alimentation, sans plus de résultats. Vous imaginez bien sûr la suite. Toutes mes copines périrent les unes après les autres. Toutes sauf une. Depuis deux jours, elle était prostrée contre une partie sale de la paroi, hors de l’eau où séchait une vieille algue, et assistait à la tragédie grecque.

 

Trop zarbi, elle sait pas nager ou quoi ??? Pensais-je bien connement.

 

Et là, en une fraction de seconde je percutai violemment ! Les grenouilles, n’étant plus des têtards, avaient besoin d’air pour respirer. Leur organisme ayant muté, leurs besoins avaient changé, et il leur était vital de sortir de l’eau, pour s’oxygéner sur quelque île providentielle, à la manière d’un nouveau riche fort imposable sur les îles Caïman.

Frogland, le pays où les grenouilles ont de l'eau jusqu'au cou...

Après cette révélation, je me mis en chemin dès le lendemain pour libérer ma petite irréductible, la survivante à mon ignorance et mon manque de sources d’informations. La révolution Internet n’aurait lieu que quatre ans plus tard, je n’avais donc aucun accès à quelque tutoriel sur les amphibiens…

 

Ces jours-ci, je repensai à cela en me disant qu’aujourd’hui, NOUS, le peuple souverain, nous sommes ces têtards qui se noient lamentablement.

Je me disais que par exemple, nous étions englués dans une Cinquième République de 56 ans d’âge, et que nos « propriétaires » nous observaient derrière la vitre pendant que nous nous asphyxiions. Ont-ils le même sentiment d’impuissance que moi, l’écervelée, vingt ans auparavant ? La même incrédulité ? La même insouciance ?

Lorsque des élites politiques, des économistes chevronnés, de brillantissimes énarques, bref DES ÉRUDITS, constatent une catastrophe comme s’ils ne l’avaient pas prévue, sans jamais tenir compte de nos bourgeons -signes extérieurs d’une Ère Nouvelle- ils n’ont en aucun cas l’excuse de l’ignorance. C’est soit un parti pris, soit de l’incompétence.

EN QUOI donc toutes leurs connaissances servent-elles la société ? En rien.

 

DONC :

 

Est-ce qu’avoir fréquenté Sciences-Po trop longtemps est un gage d’incompétence quasi systématique ? JE LE CROIS.

 

Et lorsqu’un candidat nouveau, naïf et ambitieux, nous tend un nénuphar en parlant de VIème république, de « refonte », de « rupture », de nouveau système électoral, nos gros crapauds ont bien vite fait de le discréditer:

-Il ne tient pas la route économiquement

-il ne tient pas compte des enjeux financiers

-il ne porte pas de costume Kenzo

-il a un charisme de poisson-lune

-c’est un gros facho

 

Amis amphibiens, nos bourgeons sont nos poings, nos jambes, et l’on a créé un système qui nous interdit de nous en servir. Alors accrochons-nous à la petite algue séchée jusqu’à ce que l’on nous demande à nouveau notre avis, et allons chercher par-delà les abysses du « vote utile » notre propre oxygène. Et en cas d’urgence, faisons-nous la courte échelle pour sortir de l’asphyxie plus vite que prévu.Ces jours-ci, je repensai à cela en me disant qu’aujourd’hui, NOUS, le peuple souverain, nous étions ces têtards qui se noient lamentablement.  Je me disais que par exemple, nous étions englués dans une Cinquième République de 56 ans d’âge, et que nos « propriétaires » nous observaient derrière la vitre pendant que nous nous asphyxiion

Sérieusement, vous en pensez CO ????